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13 juin 2019

Alpes-Maritimes : les
Alpes-Maritimes : les maires ruraux ont retrouvé la voie du dialogue avec l'État
Jean-Michel Chevalier
Les Petites Affiches

Fatigués, harassés mais toujours sur le pont !
S’ils n’avaient pas le service public chevillé au corps et toujours la même envie de servir leurs administrés, les maires ruraux des Alpes-Maritimes pourraient présenter une longue liste de récriminations tant leur quotidien est difficile.

Car il y a inadéquation entre les moyens humains, matériels et financiers dont ils disposent et les exigences du public et de l’administration. Des règlements tatillons - et parfois inapplicables dans les petites communes - le départ de services publics, la fermeture d’une salle de classe, la désertification qui guette, des dotations en baisse régulières qui s’accompagnent de transferts de charges plombant les finances de leurs collectivités... il y aurait de quoi en effet baisser les bras.
Certains élus n’ont pas caché qu’ils ne "repartiront" pas aux prochaines municipales.
L’envie de faire autre chose, de cultiver son jardin sans doute, mais aussi le poids de la charge qui devient insupportable.
Ils ont pu épancher leur états d’âme, ce mardi au Rouret, lors de l’assemblée générale de leur association présidée par Jean-Paul
David (Maire de Guillaumes). Pour la plupart, ils sont sortis regonflés de cette longue réunion après le discours "punchy" du nouveau préfet, Bernard
Gonzalez. Persuadés de pouvoir compter à nouveau sur un état qui s’était transformé en père fouettard ces dernières années, en tous cas qui restait sourd à leurs problèmes.

Des attentes impatientes

Ils ont donc pu parler à cœur ouvert du sentiment d’isolement allant parfois même jusqu’à celui d’abandon. Ils avaient pourtant été les premiers à ressentir le malaise social, avant même les manifestations des gilets jaunes, étant aux premières loges pour constater les difficultés pour les familles à payer la cantine, le carburant nécessaire et de plus en plus cher pour "aller à la ville" travailler, boucler les fins de mois. Un sentiment de déclassement qu’ils ne sont pas loin de partager. Ils ont donc ouvert leurs mairies aux cahiers de doléances, permis la tenue du grand débat, fait "remonter" les attentes impatientes.
Il semble maintenant que la situation évolue plus favorablement, même s’il reste énormément de problèmes à régler. Les maires ont promis de rester vigilants. Pour leurs communes, ils attendent une équité de traitement avec les grandes villes, pour se soigner, s’éduquer. La fibre et son haut
débit est l’une des promesses qui changera peut-être demain la vie des habitants des campagnes, en permettant d’installer ici une école numérique, la télémédecine là, des permanences avec les services publics ailleurs. Mais ce qui est certain, c’est que malgré les difficultés, l’envie demeure de vivre au "village".
Aux pouvoirs publics de répondre à ces attentes.

Match serré entre la maire de Lieuche et le nouveau préfet...

Maire de Lieuche, Denise Leiboff n’a pas sa langue dans sa poche. De la même façon qu’elle avait déjà pris "bille en tête" l’ancien préfet Leclerc lors d’une précédente AG des maires ruraux, elle s’est adressée sans détour au nouveau représentant de l’État. " Nous sommes fatigués, usés. Vous venez d’arriver dans ce département, vous êtes de très bonne volonté, mais il faut que vous veniez dans nos petits villages pour comprendre la situation réelle : ce n’est pas pour rien qu’un grand nombre de maires ne va pas se représenter l’an prochain. Cela arrange l’État, qui veut nous faire disparaître en nous regroupant".

Cycliste à ses heures de loisir, le préfet Bernard Gonzalez a aussitôt mis le grand braquet pour répondre à l’élue. "Madame, je ne peux pas vous laisser dire cela. Le représentant de l’État est en face de vous. Si je suis là, c’est parce que je suis conscient de l’importance du rôle des maires dans la ruralité. Originaire du Gers, où il n’y a ni aéroport ni autoroute, je suis plus souvent sur le terrain que dans les ors dorés des préfectures. Je ne suis pas surpris par vos problèmes. Oui, certains maires sont découragés. Mais le modèle français de développement est en train de changer. On essaie d’imaginer un avenir pour nos enfants et petits-enfants. Il faut lutter contre des années de centralisme, de technocraties. C’est vrai qu’il a eu des erreurs, on a fermé des perceptions, des bureaux de poste etc. et cela a un impact sur la vie des gens… Mais il faut garder courage et détermination. L’État a besoin des maires pour gérer les difficultés. L’environnement, la nature, la qualité de vie que vous offrez à vos habitants va prendre de la valeur dans les années à venir. Il faut apporter des réponses. Je veux être un préfet facilitateur, accélérateur. Je dirai à Paris qu’on ne peut pas appliquer une loi dans les mêmes conditions à Paris et dans un village de montagne. Je serai votre relais, l’administration est capable de pragmatisme".
Une déclaration qui n’a pas été jusqu’à provoquer une standing ovation, mais qui a tout de même été très appréciée par les maires. Les élus ont eu l’impression, enfin, que l’État leur prête à nouveau une oreille attentive et de la considération, un sentiment qu’ils n’avaient pas eu depuis quelques années.

Photo de Une ; Le nouveau préfet Bernard Gonzalez, entouré de Jean-Paul David, Charles-Ange Ginésy, de la sous-préfète de Grasse Anne Frackowiak-Jacobs, de
Gérard Lombardo, maire du Rouret ; et à droite de Françoise Taheri, secrétaire générale de la préfecture ; et de Denise Leiboff, maire de Lieuche. (DR JMC)

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