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2 mai 2019

Grands corps d'état, (...)
Grands corps d'état, grands corps malades ?
Jean-Michel Chevalier
Les Petites Affiches

En obtenant, peu ou prou, la tête de l’ENA, les gilets jaunes ont atteint un but symbolique : celui de faire tomber des têtes - pourtant bien faites et bien pleines - des "élites" désormais honnies qui gouvernent la France depuis la fin de la seconde guerre mondiale.
Que ce soit Emmanuel Macron, ancien énarque (2002 - 2004), sorti parmi les meilleurs de sa promotion, qui a sifflé la fin de la partie pour la prestigieuse école, prête à sourire. On n’est jamais mieux trahi que par les siens peuvent méditer aujourd’hui, après les annonces du président, les anciens élèves de la rue des Saints-Pères et de l’avenue de l’Observatoire, et les actuels "exilés" à Strasbourg.
"Les jeunes hauts fonctionnaires ne peuvent pas tout de suite accéder aux postes suprêmes et être garantis de ne jamais les quitter" a philosophé le président lors de sa conférence de presse, allant dans le sens du poil de l’opinion, alors qu’étant lui même Inspecteur des Finances, il bénéficie d’un statut "à vie" qui ne peut être remis en cause...
Les Énarques ne sont pas les seuls dans ce cas : il en est de même des conseillers d’État et des magistrats de la Cour des comptes. Ces nouveaux "privilèges" ne peuvent que paraître choquants au petit peuple en jaune. Surtout lorsqu’on lui annonce le départ sous d’autres cieux plus favorables (salaires moindres, fiscalité plus douce) d’usines qui ont pourtant bénéficié d’aides publiques pour ne pas disparaître et ne pas jeter dans le dénuement toute une région...
Mais s’il est nécessaire - et urgent - de remettre une bonne dose de justice dans une organisation sociale crispée, on peut se demander s’il est bien judicieux de jeter le bébé avec l’eau du bain. Malgré leur élitisme et leurs défauts criants, les grandes écoles fournissent chaque année des cadres de haut niveau. Elles ont permis au pays de se relever de la ruine, de faire bondir comme jamais le niveau de vie pendant et depuis les Trente Glorieuses. Ces grands corps - Conseil d’État, Finances, Cour des Comptes et d’autres écoles comme Polytechnique etc. - ont aussi permis le fonctionnement (à l’évidence imparfait mais bien réel) d’une démocratie qui fait quand même beaucoup d’envieux à l’étranger. Qu’aux jusqu’au-boutistes ne plaise, il vaut mieux confier les manettes à des pilotes formés sur les plus hauts standards plutôt qu’à des fantaisistes ou à des chanteurs de charme adeptes de soirées bunga-bunga reconvertis dans la politique, ce qui risque de n’être rigolo qu’un temps...

La haute administration doit ouvrir son recrutement et reconnaître le mérite des meilleurs, même venus des "banlieues", sans qu’il soit besoin de "discrimination positive", terme technocratique on ne peut plus méprisant.

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