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18 juillet 2019

Economie Edito

"Homard l’a tuer"...

"Homard l'a tuer"...
"Homard l'a tuer"...
Jean-Michel Chevalier
Les Petites Affiches

Succéder au populaire Nicolas Hulot était un cadeau empoisonné, quitter l’hôtel de Lassay et ses fastes un déchirement... Il aura donc fallu du homard au menu, un sèche cheveux doré à 499 euros et la location malheureuse d’un appartement à loyer préférentiel pour propulser- enfin - le ministre de la Transition Écologique... en pleine lumière.
Une notoriété dont François de Rugy se serait passé sans - au choix - la ténacité ou l’acharnement d’un site d’information en ligne spécialisé dans le "levage de lièvres" qui vient d’épingler sans anesthésie à son tableau de chasse le numéro 2 du gouvernement.
En réalité, avec la démission d’un nouveau ministre, c’est encore un été compliqué pour Emmanuel Macron et pour Édouard Philippe, à peine remis des frasques d’Alexandre Benalla, qui fut l’incontestable maillot jaune l’an passé sur les chaînes radio-télé et dans la presse. Avant même les étapes des Pyrénées et des Alpes, le désormais ancien ministre de la Transition Écologique avait déjà enfilé depuis quelques jours le très voyant maillot à pois le désignant à tous les spectateurs massés devant leurs écrans et journaux.
Ce qui aurait pu prêter à sourire à une autre époque est, après le mouvement des gilets jaunes pas encore tari, absolument dévastateur dans l’opinion. À tort ou à raison, cela jette une nouvelle fois l’opprobre sur une classe politique qui n’en finit plus d’être critiquée quand elle ne se discrédite pas elle-même.
Les pêchés véniels reprochés à l’ex-ministre - il n’y a après tout pas mort d’homme, pas enrichissement personnel - peuvent se transformer en pêché mortel pour notre démocratie. Des "affaires" à répétition instillent colère et méfiance. Les extrêmes n’ont plus qu’à attendre que le fruit soit trop mûr pour la récolte...
Si seulement le ministre démissionnaire était en mesure de présenter un bilan remarquable de son action... Mais en plus l’on apprend qu’il rencontre en catimini - comme une maladie honteuse, hors agenda - des lobbyistes de l’énergie alors que son prédécesseur, justement, dénonçait leur rôle et les accusait de squatter les bureaux décideurs...
On ne sait pas "combien de divisions" François de Rugy représente sur l’échiquier politique. Mais on imagine qu’après ses passages à "Génération Ecologie" et chez les "Europe Ecologie - Les Verts" il n’a pas rejoint les Marcheurs avec des dizaines de milliers d’adhérents. Le pousser vers la sortie n’est donc pas en soit annonciateur d’une catastrophe électorale. Lâché par tous, son poids politique ne se mesure plus désormais que sur la balance du marchand de crustacés.
Avec cette démission, il évite cependant un nouveau "feuilleton" à la majorité et s’apprête à une si longue traversée du désert qu’il pourrait bien y disparaître à jamais.
"Homard m’a tuer" ricane la presse, que l’ancien ministre de la Transition accuse bien évidemment de lynchage.
Une fois de plus, on constate qu’accuser le thermomètre n’est pas suffisant pour faire baisser la fièvre.

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