Insee : l'activité (...)

Insee : l’activité économique française serait en baisse de 33 % par rapport à une situation normale

Dans son point de conjoncture du 7 mai et suivant les informations disponibles à cette date, l’INSEE estime que l’activité économique française serait en baisse de 33 % par rapport à une situation normale.

Si l’ordre de grandeur est proche des publications précédentes, une légère remontée de l’activité économique semble se confirmer, dans l’industrie et dans la construction. S’il était suivi d’un retour immédiat à la normale, un tel décrochement de l’activité économique se traduirait par une perte de l’ordre de 3 points de croissance annuelle du PIB par mois de confinement. Si bien qu’aujourd’hui, soit presque deux mois après la mise en place du confinement, la perte d’activité économique serait proche d’environ 6 points de croissance annuelle du PIB. L’impact global du confinement sera néanmoins certainement supérieur, car la reprise économique, en France et dans le monde, ne sera a priori que progressive.

L’estimation de perte d’activité économique a été légèrement révisée à la hausse depuis la publication du Point de conjoncture du 23 avril 2020.

Au 7 mai 2020, compte tenu des informations disponibles, l’activité économique serait inférieure de l’ordre de 33 % à « la normale » (contre 35 % il y a deux semaines), de 39 % pour les seules branches marchandes (contre 41 %), et de 46 % pour les branches marchandes hors loyers (contre 49 %).

La légère reprise de l’activité économique, déjà identifiée lors de la précédente publication, se poursuit donc lentement.

Cette remontée est due à l’industrie, dont la perte d’activité est estimée à –38 % (contre –39 % au 23 avril, et –43 % au 9 avril) et à la construction (–75 %, après –79 % au 23 avril et –88 % au 9 avril). En revanche, la perte d’activité économique est estimée inchangée dans les services (de l’ordre de 36 %).

Cette différence entre branches pourrait s’expliquer, entre autres, par la relative impossibilité de recourir au travail à distance dans l’industrie et la construction lors des premiers jours de confinement, puis par un début de reprise de certaines activités ces dernières semaines, une fois mises en place les mesures de sécurité sanitaire permettant le retour des salariés concernés.

L’INSEE ne propose pas ici de scénario quantifié de reprise d’activité après le 11 mai – date annoncée de sortie progressive du confinement. On peut toutefois noter que la valeur ajoutée générée par les branches qui ne seraient de toute façon pas autorisées à reprendre tout de suite une activité « normale » (hébergement- restauration, activités culturelles et sportives, certains modes de transports etc.) représente environ 5 % du PIB et 5 points des 33 % de perte d’activité globale estimée.

La légère remontée du trafic ferroviaire de fret pourrait refléter cette lente reprise de l’activité

Depuis le début du confinement, l’Insee exploite les informations journalières de trafic de fret ferroviaire transitant sur le réseau de la SNCF par rapport à une situation de référence, dite « normale ». Ces données fournissent ainsi une estimation de la perte d’activité du fret ferroviaire mais peuvent également être vues comme un indicateur plus général de la perte d’activité globale, dans la mesure où le transport de marchandise par voie ferrée est corrélé au volume de marchandises échangées dans l’économie.
Les deux semaines suivant la mise en place du confinement, la circulation du fret ferroviaire a diminué rapidement pour atteindre une moyenne de 63 % de trains en circulation entre le 23 mars et le 23 avril (graphique 1). Depuis, le trafic a légèrement repris – en moyenne 67 % de trafic par rapport à une situation normale – signe indirect de la légère reprise de l’activité économique, notamment dans l’industrie et la construction.

La perte d’activité économique estimée par branche est globalement cohérente avec les demandes d’activité partielle

Les établissements ont la possibilité de demander la mise en activité partielle de leurs salariés, en particulier lorsqu’ils sont confrontés à des pertes d’activités liées à la crise sanitaire. La part de l’emploi salarié concerné par ces demandes est donc a priori corrélée à la perte d’activité estimée au sein des branches. Si globalement, cette relation est vérifiée, il subsiste des différences importantes. Par exemple, dans l’industrie agroalimentaire, la perte d’activité estimée est modérée (de l’ordre 5 %) tandis que près de 40 % de l’emploi salarié est concerné par de l’activité partielle. Inversement, la perte d’activité estimée dans la cokéfaction- raffinage est importante (de l’ordre de 55 %) tandis que peu de salariés sont concernés par l’activité partielle. Ces différences pourraient s’expliquer, entre autres, par des différences d’organisation de la production : dans la cokéfaction-raffinage par exemple,une perte d’activité importante liée à la fermeture d’un site pourrait ne concerner qu’une faible partie des effectifs de la branche.

L’indice de la production industrielle de mars fait ressortir une baisse très forte de l’activité, mais un peu moins marquée que ce qui était anticipé

L’indice de la production industrielle (IPI) de mars, publié en même temps que ce Point de conjoncture, fait ressortir une baisse très forte de l’activité en mars, comme prévu dans les estimations de perte d’activité publiées par l’Insee fin mars et début avril. Afin de pouvoir comparer les résultats de l’IPI avec ces estimations, il est cependant nécessaire de les ajuster au temps de confinement observé en mars (à partir du 17) puisque ces pertes instantanées se rapportaient à un équivalent de mois entier de confinement.
Une fois pris en compte cet ajustement, on constate que les signaux sont globalement cohérents entre IPI et prévisions, avec néanmoins des différences : –18 % pour l’IPI sur le champ de l’industrie manufacturière contre –24 % – transcription mensuelle de la perte d’activité instantanée à mars, mois pendant lequel le pays était confiné la moitié du temps seulement – dans le point de conjoncture publié le 9 avril.

Alors que la production a résisté dans les industries-agroalimentaires (–4 % pour l’IPI contre –2 % dans les estimations), la production a chuté dans les autres branches principales : –36 % dans la fabrication des matériels de transport (contre –30 % dans l’estimation du 9 avril), –34 % dans le raffinage (contre –40%), –21 % dans les biens d’équipements (contre –36 %) et –17 % dans les autres produits industriels (contre –27 %) qui regroupent de nombreuses branches majeures de l’industrie française (chimie, pharmacie,...).
La baisse légèrement moins forte observée dans l’IPI s’explique par la résistance un peu plus importante qu’anticipé initialement de certaines branches d’activité (pharmacie, chimie de base, industrie du papier, électronique).

À l’inverse la construction automobile a encore davantage chuté d’après l’IPI que ce qui avait été anticipé initialement.

Néanmoins, en dépit d’un taux de réponse final correct (76 % en tenant compte du poids des différentes branches contre plus de 90 % habituellement), l’IPI est amené à être révisé le mois prochain au fur et à mesure que des réponses retardataires parviendront à l’Insee.

Des spécificités statistiques (suivi de certaines séries en facturations par exemple, traitement CVS-CJO) peuvent également participer à l’écart observé.

Enfin, le mois de mars a été si particulier qu’il peut être difficile de relier l’activité globale sur le mois à celle, « instantanée », estimée fin mars.

Lire le point de conjoncture complet au 7 mai 2020 ci-dessous

Visuel de Une : une activité en baisse de 33% en France ( illustration DR)

deconnecte