Economie

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16 mai 2019

Savoir faire la courte
Savoir faire la courte échelle à une Europe ouverte...
Jean-Michel Chevalier
Les Petites Affiches

Vous connaissez bien sûr la chanson de Sacha Distel sur les pompiers de Rio : "Qu´est-ce qu’on a fait des tuyaux ?, des lances et de la grande échelle, qu’est-ce qu’on a fait des tuyaux ?, pas de panique il nous les faut !" Et tandis que tout le monde s’affaire dans les recherches pour éviter que l’incendie de l’usine de café ne s’étende à tout le quartier, on finit par retrouver "les tuyaux, les lances et la grande échelle mais on est en panne d’auto et on cherche la manivelle !".
C’est exotique, drôle et cocasse.
Exactement l’inverse de ce que vivent les électeurs européens, qui se trouvent dans la même situation que les pompiers cariocas de la chanson, pris par la frénésie mais impuissants.
Trente-quatre listes (!) seront présentes sur la ligne de départ des élections du 26 mai. On pourrait se réjouir de ce large choix et y voir une démocratie vivante. Mais cet éparpillement dénote au contraire une confusion dommageable, avec la participation de listes aussi sérieuses que le "Parti pirate" et d’autres qui n’ont même pas les moyens d’imprimer assez de bulletins pour être présentes dans chaque bureau de vote...Pas évident dans ces conditions de mobiliser le corps électoral qui, soit dit entre nous, ne connaît déjà pas le nom des députés européens sortants, invisibles dans les radars médiatiques.
Le "pourquoi se déplacer pour élire des gens qu’on ne connaît pas et que, sans doute, on ne reverra pas de sitôt" ajouté au "mais à quoi peut bien servir l’Europe" expliquent en grande partie l’abstention traditionnellement importante à ce scrutin.

À cela, il faut aussi ajouter que les députés envoyés à Strasbourg se mélangeront dans des groupes politiques de coalition dont on peine à cerner le périmètre et la cohérence. Qu’ils soient "conservateurs", "nationalistes", "écologistes", "socialistes" ou autres, les élus ainsi étiquetés ne sont pas forcément sur la même longueur d’onde sur les sujets importants.
Sans même parler de nos amis Grands Bretons, qui vont élire (peut-être) des gens qui ne siégeront (sûrement pas)...
Et pourtant, l’Europe est à la juste échelle des problèmes sociaux, économiques, environnementaux du monde actuel.
Comment pourrait-on espérer peser seuls contre la Chine et les USA ? Devrions-nous rouvrir le poste de douane à Menton pour aller faire notre marché à Vintimille ? Faire la queue pour montrer carte d’identité ou passeport à un douanier qui fera ouvrir le coffre de la voiture ? Empêcher aussi la libre circulation des biens en rétablissant des taxes douanières qui pénaliseront d’abord les entreprises et les consommateurs du Vieux continent ?

Ce n’est évidemment pas ce genre d’Europe recroquevillée sur elle-même qui fait rêver. Espérons que les pompiers retrouveront très vite la grande échelle pour grimper vers des cieux plus lumineux...

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