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14 mars 2018

Repreneuse d'entreprise
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Proposé par Valérie Noriega
Les Petites Affiches

La reprise d’entreprise, c’est aussi une affaire de femmes. Lors d’une récente conférence organisée par la DFCG*, Pascal Ferron, vice-président de Walter France et spécialiste de la reprise d’entreprise, a démontré que les femmes pouvaient se lancer dans cette aventure passionnante et réussir, à l’encontre des dogmes habituels, avec, à l’appui, le témoignage d’une directrice administrative et financière qui a repris une imprimerie numérique.

La proportion de femmes repreneuses d’entreprise est à l’image des chefs d’entreprise : elles sont encore ultra minoritaires, moins de 5% selon l’observatoire du CRA. Et c’est dommage, car les qualités nécessaires pour réussir dans ce domaine n’ont pas de genre : définir son projet avec précision, savoir analyser les risques, convaincre, casser les dogmes.

> L’envie de relever un challenge et d’élargir ses responsabilités

Pascale Tessier Morin était directrice administrative et financière au sein de différents groupes. Ce qui l’a poussée à se lancer dans la reprise d’entreprise ? L’envie de se remettre en cause, de faire des choses différentes, de relever un challenge, de se lancer dans une aventure. Et aussi de maîtriser son temps, de pouvoir se faire plaisir, d’avoir une palette de responsabilités plus large.

Pour Pascal Ferron, en reprise d’entreprise, il est essentiel de définir son projet avec la plus grande lucidité. La soi-disante nécessité de reprendre dans un secteur d’activité que l’on maîtrise est l’un des dogmes qu’il faut casser, tout comme celui des soi-disant « métiers d’hommes versus métiers de femmes  ». Il est beaucoup plus essentiel d’identifier ses compétences, ses capacités, et le type de métier par lequel on est attiré.

Pascale voulait travailler une matière noble : le papier, et dans la communication visuelle car elle avait travaillé chez Decaux. Elle a su faire la synthèse de ses plaisirs et de ses envies pour rechercher une société dans ce domaine.

Attention à prendre le temps de se former à la reprise d’entreprise car, même si on est très compétent dans son domaine, quand on reprend, il faut à peu près savoir tout faire, et connaître les acteurs.

C’est un projet personnel, mais qui implique toute la famille. Pascale a pris le temps de faire le point avec sa famille, ses proches... ses finances.

> Du temps et de l’énergie pour trouver une entreprise

Pascale, peut-être parce qu’elle est une femme, ne cherchait pas une entreprise à 5 millions d’euros qui aurait nécessité de se faire accompagner par des financiers, mais plutôt autour d’un million d’euros de chiffre d’affaires. Elle a travaillé quotidiennement sur le réseautage, pour se faire connaître de l’éco-système, par les sociétés qui font des fusions-acquisitions en hyper small cap, et sur l’étude approfondie de chaque dossier qui se présentait. Les réseaux qu’elle a su créer, sa famille l’ont encouragée et ont renforcé sa persévérance au fur et à mesure de l’avancement du projet.

Elle a fait également le choix de s’entourer de conseils, expert-comptable et avocat, car, même en étant directrice administrative et financière, cela professionnalise la démarche et permet aussi de remonter son moral dans les grands moments de solitude.

Ses efforts ont été récompensés au bout de 18 mois, avec le rachat d’une entreprise correspondant parfaitement à ses critères : Ateliers image & Cie, une imprimerie numérique spécialisée dans l’impression des grands formats et dans le mobilier modulable.

> Etre convaincue et savoir convaincre

C’est un milieu masculin, semi-industriel. Certains oiseaux de mauvais augure la mettaient en garde : «  L’imprimerie, c’est difficile ». Avec certains cédants, Pascale Tessier Morin sentait bien la remarque non formulée : « C’est une femme, que fait-elle là ? » Mais avec le cédant de l’entreprise de ses rêves, elle a su être convaincante. Un autre repreneur était sur l’affaire, mais après avoir identifié que celui-ci prenait son temps, elle a assuré à « son » cédant « qu’avec elle, c’est fiable et ça ira vite ». Mais attention, même quand on a trouvé sa cible, il faut rester extrêmement vigilant, savoir argumenter, par exemple, face au fils du cédant qui, tout d’un coup, manifeste un grand intérêt pour l’entreprise de papa...

> Mettre les banques en concurrence et ne pas lâcher

Face aux banques, évidemment, être DAF, ça aide... Pascale a été consulter les banquiers très tôt, en mettant dix banques en concurrence, a construit son dossier en répondant par avance à toutes les questions qui allaient lui être posées, ce qui, pour un banquier, est très confortable.

Toutefois, insiste Pascal Ferron, si le montant des capitaux propres ou le tableau de trésorerie sont certes importants, une grande partie de la négociation se joue dans la capacité de conviction et la volonté d’aller de l’avant dans son business plan. Dans l’exemple de Pascale, en apportant de nombreux éléments sur le métier, sur la manière dont elle allait développer l’entreprise, la question existentielle d’être une femme ne s’est pas vraiment posée.

Ce qu’il faut savoir : la BPI, pour apporter sa garantie à hauteur de 50 % du prêt bancaire, va étudier le dossier, prendre des références auprès des précédents employeurs, afin d’analyser en profondeur la personnalité du repreneur / de la repreneuse. En effet, dans une TPE, la dirigeante doit savoir tout faire, et notamment avoir une capacité commerciale.

Le « candidat repreneur » sera également testé sur un business plan dégradé : en cas de difficultés, quelles options sont envisagées ?

Pascale, à force de négociation et de capacité de conviction, a réussi obtenir un excellent taux et à ne pas donner sa caution personnelle.

> Au final, de grandes satisfactions

Pascale Tessier Morin a été lauréate du réseau Entreprendre. Une fois à la tête de l’entreprise, elle travaille beaucoup, mais avec un grand bonheur. Elle s’organise : la première année, connaître ses clients et développer son chiffre d’affaires, ensuite, améliorer son système d’information et élaborer une nouvelle identité visuelle... tout en embauchant un commercial pour développer le business.

Pour Pascal Ferron : « La reprise d’entreprise est avant tout une aventure humaine, au cours de laquelle il faut savoir s’entourer pour garder le moral en toutes circonstances, être convaincu soi-même, et savoir convaincre : sa famille, son réseau, les banquiers, le cédant. J’ai eu beaucoup de plaisir à accompagner Pascale Tessier-Morin. Il est dommage que les femmes ne soient pas plus nombreuses à se lancer dans cette aventure, elles ont de nombreux atouts pour réussir. »

* conférence annuelle des professionnels de la finance organisée par la DFCG, association des directeurs financiers et de contrôle de gestion

Retrouvez le site internet de la société ayant fait l’objet du témoignage : https://atelier-imagesetcie.com/ et https://kakemono-etcie.com/ (

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