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13 juillet 2017

Loup : une cohabitation
Loup : une cohabitation toujours aussi difficile entre le prédateur et les troupeaux
Jean-Michel Chevalier
Les Petites Affiches

Les Alpes-Maritimes sont le département le plus touché par les attaques des loups qui ont déjà provoqué la mort de 700 brebis depuis le début de l’année 2017.

Une espèce protégée

Le loup est strictement protégé en Europe depuis 1979 par la convention de Berne et par la directive "Habitats, Faune, flore" 92/43/CEE. Il avait totalement disparu en France depuis le milieu du siècle dernier mais a fait sa réapparition dans le parc du Mercantour en 1992.
Sa population est estimée à 360 individus répartis en France sur 49 zones de présence permanente.

Les A.M. en pôle position

Le département des Alpes-Maritimes est le département le plus impacté par sa présence. Si le nombre d’individus est fluctuant mais en extension, celui de ses victimes est chiffré précisément : déjà 158 attaques et 689 brebis tuées depuis le début 2017 selon la Chambre d’agriculture. En PACA, seules les Bouches-du-Rhône sont - pour l’instant - épargnées par le prédateur.

Il s’installe partout

La pression exercée par canis-lupus est importante dans la Roya,
la Vésubie, la moyenne Tinée. Il s’installe aussi progressivement dans les Préalpes de Grasse, dans la haute vallée du Var, dans le secteur d’Utelle. Des individus isolés ont même été vus aux portes de Cannes en février dernier, ainsi que dans le village de Saint Martin Vésubie en 2017. Grand voyageur, le loup peut parcourir jusqu’à 80 kilomètres par nuit. Il "colonise" de nouveaux territoires de chasse dès qu’il y a suffisamment d’espace.

De moins en moins craintif

Les trois quarts des dégâts commis en France ont été enregistrés dans… les Alpes-Maritimes. Les éleveurs sont évidemment très remontés puisqu’ils voient les attaques se multiplier. Le carnassier a de moins en moins peur des chiens de garde et de l’homme, il se rapproche des milieux habités.

Une attaque récente

Une bergère installée dans le Gard a aperçu, la semaine dernière, un loup pourchassant ses brebis. Elle a poussé des cris pour tenter éloigner l’intrus qui n’a été nullement effarouché par la présence de l’éleveuse. "Mes bêtes sont venues se réfugier autour de moi, sans doute pour que je les protège, mais je ne savais plus quoi faire", a-t-elle confié à la radio France Bleu.
Ses brebis ont déjà été attaquées à trois reprises ces dernières semaines…

Prélèvements : efficaces mais contestés

Un plan national permet de prélever 38 loups par an en France.
Quatorze ont été abattus dans les A.M. et cinq dans le Var l’an passé. Une mesure, réclamée par les éleveurs, qui a porté ses fruits puisque le nombre des brebis tuées a baissé de 18% par rapport à 2015. Mais des associations de protection de l’environnement protestent contre ces prélèvements selon elles injustifiés.

Un plan 2015 - 2020

Pour faciliter la cohabitation troupeaux/éleveurs et éviter les attaques, le parc du Mercantour a en projet la restauration de cabanes de bergers (budget de 50 000 euros) pour renforcer la présence humaine auprès des brebis. Un plan national 2015 - 2020 prévoit la mise en place de clôtures et l’augmentation de la prise en charge des frais de gardiennage.

Le blues des éleveurs

Certes les éleveurs sont indemnisés quand leurs troupeaux sont attaqués
- selon la FNSEA, le coût du loup est passé de 1 M€ en 2004 à 21 M€ en 2016 - mais il vivent très mal cette situation. "On aime nos bêtes, on ne les élève pas pour les voir être tuées et cruellement blessées. Les avortements consécutifs aux attaques ne sont pas pris en compte" explique l’un d’eux installé à Saint Martin Vésubie. Le comité national du loup, qui s’est réuni jeudi à Lyon, réclame une "régulation supportable" chiffrée à cinquante loups à prélever sur douze mois.

Photo de Une : DR

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