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27 décembre 2018

Gilets jaunes : quels
Gilets jaunes : quels enseignements en Ressources Humaines tirer de cette crise ?
Jean-Laurent Terrazzoni, DRH, membre de l’ANDRH
Les Petites Affiches

Et si les Gilets jaunes préfiguraient, sans forcément le savoir, un changement dans l’organisation du travail à base de mobilité choisie, d’auto-organisation et, même, de revenu de base ?

Par Jean-Laurent TERRAZZONI DRH Membre de l’Association Nationale des DRH


Le mouvement des Gilets jaunes est né, sur Facebook, autour d’une revendication liée aux prix des carburants. Même si de nombreuses autres raisons ont depuis émergé, le coût du carburant restera central dans la mobilisation. Car dans les campagnes le budget familial consacré au diesel et au fuel est plus important que dans nos grandes agglomérations : en l’absence de transports en commun, on est obligé de se déplacer en voiture pour aller au travail et on se chauffe au fuel.
L’auto-boulot-dodo y est obligatoire, car on y travaille loin de chez soi. C’est alors que l’on pense au télétravail comme solution. Un sondage de l’APEC montre que 27% des sondés "pourraient changer d’emploi pour travailler plus près de chez eux (…) Parallèlement, 81% des Français en recherche d’emploi pourraient être découragés de postuler à une offre loin de chez eux en raison de la hausse du prix des carburants". Ce qui rend évidemment les ruraux plus sensibles à leurs fins de mois qu’à la transition énergétique.
Derrière le prix du carburant, les Gilets jaunes expriment un ras-le-bol général, une révolte anarcho-libérale (et en même temps parfois une demande d’État), un rejet des élites et des politiques, traduisant "un
sentiment d’abandon".

La "diagonale du vide"

Dans un article paru dans L’Obs et analysant les premières manifestations, il apparait que la mobilisation, rapportée à la population, a été plus importante dans les petits départements comme les Ardennes ou la Nièvre, que dans les départements plus peuplés. Les zones de forte mobilisation font apparaître ce que l’on appelle la "diagonale du vide", (zone qui s’étend des Ardennes aux Pyrénées). Ce qui frappe, alors, dans ces mobilisations, c’est la spontanéité et la capacité d’auto-organisation, qui repose pour une large part sur Facebook, premier réseau social rural. Désabusés de la politique et du syndicalisme, les Gilets jaunes ont choisi de "faire" eux-mêmes. Malgré les tentatives de récupération de "l’ancien monde", pathétique ou rigolote, au choix.
Changer de métier pour se rapprocher de son domicile, s’émanciper des cadres existants, comment ne pas voir que les aspirations des Gilets jaunes rejoignent celles des salariés dans leur demande d’autonomie et dans celle d’une meilleure organisation des temps personnels et professionnels ?
Autre grief des Gilets jaunes, l’erreur qu’il y a à "perdre sa vie à la gagner" comme on disait en mai 68. Même si les habitants de la "diagonale du vide" d’écrite dans l’Obs ne sont pas les plus pauvres, ils perdent beaucoup d’argent et de temps à aller travailler pour des salaires peu élevés.

La question du revenu de base

C’est là que l’on revient à l’idée du "revenu de base" comme évoqué de manière pertinente dans Gagner sa vie, une série documentaire interactive visible sur Arte traitant de notre rapport au travail et à l’argent.
En sept petits documentaires sur le revenu de base chez les indiens Cherokee, des villageois africains, à Bordeaux ou au Japon, cette mini-série innovante brosse tous les aspects philosophiques et pratiques de la démarche. Le documentaire le plus surprenant nous emmène à Amsterdam avec les créateurs de Bitnation, un système participatif de gouvernance régulé par la blockchain (Etherum). Pour ses fondateurs, la population-cible de ce système est le mouvement des freelances qui peuvent travailler en ligne depuis n’importe où dans le monde, près d’un milliard de personnes sur la planète en 2025. Bitnation permettrait de facilement contracter, recruter ou s’associer quel que soit son lieu de travail.
Mouvements Gilets jaunes, laboratoire RH avez-vous dit ? Le débat est utilement ouvert.

Photo de Une (illustration DR)

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