16 janvier 2026
Lyleoo propose un service digital qui rend la santé visuelle accessible face aux déserts médicaux
La pénurie d’ophtalmologistes est désormais structurelle en France. Selon les données disponibles, 55 départements sur 96 ne disposent pas d’une couverture suffisante pour répondre aux besoins de leur population, et huit d’entre eux passent sous le seuil des 50 %. Dans certains territoires, les délais d’attente pour un rendez-vous dépassent plusieurs mois, entraînant une renonciation croissante aux soins visuels.
Pour répondre à cette tension, une nouvelle organisation du parcours de soins se met en place. Parmi les acteurs de cette transformation, la start-up française Lyleoo déploie une solution de téléexpertise en ophtalmologie reposant sur un réseau existant : celui des opticiens. Basée dans les Alpes-Maritimes, aux portes de Sophia Antipolis, l’entreprise est aujourd’hui présente sur l’ensemble du territoire, y compris en outre-mer.
Le dispositif est encadré par le décret du 3 juin 2021, qui autorise les opticiens-lunetiers à recourir à la téléexpertise. Concrètement, le patient se rend chez son opticien, qui réalise un bilan visuel complet et collecte les informations médicales nécessaires (questionnaire de santé, mesures de la vision). Ces données sont ensuite transmises via une plateforme sécurisée à un ophtalmologiste partenaire. Celui-ci analyse le dossier, rend un avis médical sous 48 heures et, lorsque l’état visuel le permet, établit une prescription pour des lunettes ou des lentilles. En cas de doute clinique, le patient est orienté vers une consultation en présentiel.
L’ophtalmologiste demeure ainsi le seul décisionnaire médical. L’opticien intervient en amont, en tant que professionnel de santé formé à l’optométrie, équipé pour réaliser des examens standardisés. L’objectif est de prioriser le temps médical et de réserver les consultations physiques aux situations qui le nécessitent réellement.
Pour Jean-Valéry Desens, co-fondateur de Lyleoo "à une époque où le système de santé ne parvient plus à absorber la demande, il est logique de repenser le parcours de soins visuels. C’est sur ce principe que s’appuie Lyleoo : mettre l’opticien au cœur du parcours, avec une solution de téléexpertise qui désengorge les cabinets, favorise l’obtention des consultations physiques à ceux qui en ont réellement besoin et garantit un accès rapide au plus grand nombre pour un avis médical, des conseils de prévention, et s’il n’y a pas de contre-indication, une prescription pour un équipement optique (...) pour résorber les déserts médicaux et répondre aux besoins croissants d’une population qui ne cesse de voir sa santé visuelle se dégrader".
Le modèle repose sur un maillage territorial dense. La France compte plus de 13 000 points de vente d’optique, répartis de façon homogène, y compris dans les zones sous-dotées. En s’appuyant sur ce réseau, Lyleoo structure une offre de soins « en circuit court ». À ce jour, plus de 1 580 opticiens partenaires utilisent la solution, soit près d’un opticien sur huit. L’entreprise annonce, dans un communiqué du 16 janvier, viser 3 000 partenaires d’ici 2026.
En 2025, environ 130 000 patients ont bénéficié du dispositif. Le service est pris en charge par l’opticien et n’entraîne aucun coût pour la Sécurité sociale. Pour les patients, les gains sont immédiats : accès facilité à un avis médical, délais réduits, prise en charge de proximité, y compris dans les départements les plus déficitaires. Pour les ophtalmologistes, le dispositif permet de désengorger les cabinets en déléguant la phase de recueil des données, sans compromis sur la sécurité ou la qualité médicale.
Dans un contexte de tension durable sur les effectifs médicaux, cette organisation illustre une évolution intéressante du système de soins : davantage fondée sur la coopération entre professions, l’optimisation des compétences existantes et l’usage d’outils numériques sécurisés.
Valérie Noriega