24 janvier 2026
Notre idée sortie du week-end nous transporte au musée d’art naïf de Nice
La fermeture du MAMAC ne prive pas le public niçois de la possibilité d’admirer, de manière épisodique, ses collections lors d’expositions organisées par celui-ci, ici et là. Comme celle qui a lieu en ce moment et jusqu’au 31 mars au musée d’Art naïf Anatole-Jacovsky.
Avant de parcourir les étages de cette belle bâtisse, nous visitons à chaque fois, avec un sourire circonspect, les œuvres d’artistes inclassables, souvent autodidactes, représentatifs de l’art populaire et naïf, accrochées au rez-de-chaussée.
Au premier étage, quelques œuvres du MAMAC sorties des tiroirs – on ne les voit pratiquement jamais, à notre connaissance. Le cadre du musée d’Art naïf leur convient, car elles sont soigneusement choisies selon une thématique qui nous amène à nous interroger sérieusement sur ce qui caractérise l’art naïf, l’art brut, l’art singulier et l’art contemporain au XX ? siècle. Nous nous ingénions souvent à coller ces étiquettes pour inscrire chaque artiste dans un mouvement, dans le but de nous aider à nous retrouver au milieu de « ces galaxies, constellations et réseaux », alors que le seul principe qui guide chaque créateur est sa liberté totale de mouvement, liberté nourrie d’interactions, d’influences, d’emprunts et sans doute d’heureux hasards sans lesquels le talent n’est pas.
Chacun, donc, cherche à s’écarter des normes, à bousculer les conventions, à l’instar de Karel Appel, marqué par Van Gogh, Chaissac et Dubuffet. Appel, fondateur du groupe COBRA, figure en bonne place, avec une huile sur toile peinte en 1982, « Le Chagrin ». Le Niçois Serge Dorigny a une façon toute personnelle de simplifier les formes, dessinant des engins roulants ou volants, de formes géométriques, qui séduisent par leur humour.
On retrouve un grand format de Karen Joubert Cordier, un exemple de ses jungles luxuriantes, exemptes d’êtres humains, peintes avec une minutie excessive et réjouissante ; un polyester de Niki de Saint Phalle, représentant une vache et un homme lisant son journal. Influencée par Gaudí, Dubuffet et le facteur Cheval, celle-ci imagine des sculptures ludiques comme un remède à la monotonie.
On se laissera séduire par l’Arbre de vie mexicain : une vivante terre cuite exécutée par un parfait anonyme. Eva Lallement entre difficilement dans la catégorie des bruts ou des naïfs : son art extrêmement personnel et très étrange frappe fort ! On peut le relier aux expressionnistes, lit-on sur le cartel. Née à Nice, Danièle Jacki, dont le mur en céramique semble inscrit dans le musée de toute éternité, est célèbre pour avoir entièrement décoré sa maison, intérieur et extérieur, dans les Bouches-du-Rhône. Elle a entièrement investi la chapelle Saint-Sauveur à Draguignan ; on peut la visiter sur rendez-vous.
Séraphine de Senlis, si elle n’avait été rendue populaire par le très réussi film franco-belge de Martin Provost, dont l’actrice Yolande Moreau était l’héroïne, resterait peut-être pratiquement méconnue du grand public. Sont exposés totem et collage de Gaston Chaissac, dont l’œuvre se trouve à la croisée de l’époque moderne et contemporaine : il a été classé parmi les artistes pratiquant l’art brut par Dubuffet, puis exclu par celui-ci « parce qu’il en savait trop ». On l’aime bien. Comme cette exposition, qui offre une nouvelle fois l’occasion de visiter ce beau musée.
Marie Lesimple