6 février 2026
Retour sur l’audience solennelle de rentrée le vendredi 30 janvier au TJ de Grasse
Françoise Decottignies, arrivée le 2 mai 2025, a présidé sa première audience solennelle de rentrée le vendredi 30 janvier. Une première également pour le procureur Éric Camous.
La présidente a commencé en reprenant la formule utilisée quelques semaines plus tôt par Rémy Heitz, procureur général de la Cour de cassation.
Parmi les inquiétudes, elle a cité le contexte international, la maltraitance du droit international et la menace contre l’État de droit. Parmi les espoirs, elle a mentionné celui de voir le ministère de la Justice bénéficier d’un budget en hausse, seul dans ce cas avec celui des Armées.
Elle a immédiatement précisé être « dans l’expectative », expliquant que la juridiction de Grasse n’échappait pas « aux difficultés d’entretien et de réparation des bâtiments et au manque d’effectif de magistrats, d’agents du greffe, effectif largement sous-dimensionné par rapport à la masse des contentieux ». Ce qui a pour conséquence une augmentation des stocks, un allongement des délais et une érosion de la confiance des citoyens en la justice.
« Les effectifs de magistrats sont certes au complet mais ne le sont que sur le papier, du fait des absences liées à des arrêts qui concernent plus de 10 % des magistrats du siège », a assuré Mme Decottignies. « Les effectifs de greffe sont également fortement minés avec un taux de vacance de 20,2 % soit 34 postes inoccupés ». Comme presque partout, le tribunal ne fonctionne que grâce à « l’investissement professionnel de tous », ce que la présidente a tenu à souligner, tout comme le procureur de la République, Éric Camous, évoquant une lumière « présente toujours trop tard dans la soirée ».
Pour le successeur de Damien Savarzeix, en poste depuis le 1er septembre, il est nécessaire de rétablir un certain nombre de vérités pour mieux comprendre la justice « plutôt que de [la] dénoncer ». Au premier rang de ces vérités : la complexité. « Nous sommes constamment confrontés à des
enjeux, des situations, des parcours humains qui s’entrecroisent sans se répondre. »
Il a ensuite annoncé qu’en matière pénale 2 233 décisions avaient été rendues en audience publique en 2025, un chiffre en hausse par rapport à 2024 et qui témoigne « de la force de travail des magistrats et greffiers de cette juridiction ». « C’est aussi la limite capacitaire au-delà de laquelle il n’est pas possible d’aller alors que le ministère public a dû en 2025 faire face à 12 458 affaires poursuivables. »
Pour répondre, il a mis en avant les alternatives aux poursuites, qualifiées de « richesse judiciaire et sociale ». « Pourtant, certaines idées répandues considèrent que ces données trahissent la faiblesse de notre justice, a-t-il poursuivi. Il n’y aurait pas assez de juges et donc l’obligation de faire autrement et pour tout dire, moins bien. Cela fait pourtant des années et même des dizaines d’années que la recherche et les savoirs (…) nous ont instruits sur le sens de ce mouvement. Le fait de déjudiciariser des affaires, le fait de répondre autrement est la réponse à quelque chose de beaucoup plus profond, de beaucoup plus puissant, qui est en lien directement avec ce qui est aujourd’hui le sens et l’organisation de notre société. Ces justices alternatives (…) portent témoignage d’un besoin de régulation moins violent, plus structurant, qui soit une réponse éclairée à la complexité croissante de nos sociétés ».
Concernant la lutte contre la criminalité organisée, et plus particulièrement le narcotrafic, le procureur a rejeté les discours « parfois défaitistes laissant entendre que l’État et la justice ne disposent pas des forces nécessaires pour enrayer une progression considérée comme inexorable ». « C’est faux », a-t-il assuré,
mettant en avant « l’engagement de nos services de police et de gendarmerie, l’action de la douane et celle de l’ensemble des acteurs de l’État ».
« Là où certains pensent que nous sommes arrivés à la fin de quelque chose, qu’ils entendent que nous n’en sommes qu’au début », a-t-il affirmé.
Sébastien Guiné