7 mars 2026
Le Centre de la photographie de Mougins réunit réunit le travail expérimental de deux jeunes femmes
Le Centre de la photographie de Mougins a-t-il jamais montré les différents progrès du genre et les multiples modes de ses réinventions ? Anciennement musée de la photographie André Villers, ce lieu stratégique conserve le fonds de cet artiste, trois cents pièces environ, dont quelques-unes resurgissent à l’occasion de la nouvelle exposition « Le Spectaculaire à l’épreuve de la matière ». Un travail qui réunit le travail expérimental de deux jeunes femmes, Elsa Leydier et Clara Chichin, à celui de Pablo Picasso, Jacques Prévert, Michel Butor, Karel Appel et Robert Combas.
Bien au-delà de la documentation accumulée sur l’artiste majeur du 20e siècle, André Villers se révèle à nos yeux comme un grand expérimentateur. Il met en place un dialogue sans limites entre image et langage. Il affranchit la photo du document, avec une liberté et une invention rafraîchissantes. Sa puissance imaginative se manifeste par une trentaine de travaux en technique mixte (photo, collages, herbier, etc.) qui sont exposés actuellement. C’est donc une œuvre à quatre mains, le photographe osant retoucher et enrichir le travail de Picasso. Il a ainsi ouvert une nouvelle voie, incitant les générations nouvelles à redéfinir, replanter de nouvelles souches et refonder la photographie.
Un esprit repris par Elsa Leydier et Clara Chichin. Les deux créatrices, chacune à sa manière, assument le versant « artisanal » de la photo avec ses hésitations, ses doutes et ses faux pas, sans tomber dans l’erreur de vouloir faire preuve de génie, pour s’inscrire avec modestie dans le vaste champ de l’expérimentation.
Elsa Leydier est diplômée de la prestigieuse École nationale supérieure de la photographie d’Arles. Elle a déjà un solide parcours derrière elle, bâti sur une réflexion autour de l’écoféminisme au moyen d’installations « mêlant les codes visuels de l’activisme et ceux du luxe, agencées à la manière d’écosystèmes visuels ». Il s’agit de déconstructions des codes visuels de représentations idéalisantes. Concrètement, son travail est imprimé sur du papier recyclé, ensemencé de graines végétales. Elle assume le risque d’une possibilité de disparition de l’œuvre, sa vulnérabilité, son potentiel incertain. Elle revendique un détachement du spectaculaire dans une époque où l’image est devenue si envahissante.
Clara Chichin, diplômée des Beaux-Arts de Paris et titulaire d’une maîtrise de lettres, développe depuis une dizaine d’années une pratique photographique centrée sur l’expérience sensible du paysage. Remarquée, sa démarche l’a conduite au Jeu de Paume, au Prix Leica, au 38e Festival international de mode de la Villa Noailles. Elle est aussi finaliste du prix du livre d’auteur aux Rencontres d’Arles et du prix Nadar. Chez elle, paysage et végétal sont abordés par des matières perceptives plutôt que comme des motifs descriptifs. Ses photographies, fruit de ses marches et pérégrinations hasardeuses dans l’arrière-pays jusqu’au littoral méditerranéen, sont matière à rêver et une manière d’habiter le monde. Le proche et le lointain, le fragment et le vaste témoignent d’une écriture éco-poétique par la traversée sensible d’un territoire, une expérience qui engage, plus qu’on ne saurait le croire, l’être humain dans son environnement.
Marie Lesimple