6 mars 2026
Deux mis en cause sont déférés ce jour dans le cadre de l’ouverture d’une information judiciaire
Le procureur de la République de Nice, Damien Martinelli, a détaillé ce vendredi dans un communiqué les avancées de l’enquête ouverte après la découverte d’une tête de porc accrochée au portail du domicile du maire de Nice, Christian Estrosi.
Dans la nuit du 27 février vers 23h30, l’édile niçois et son épouse, de retour à leur domicile, ont découvert une tête de porc coupée en deux suspendue au portail de leur résidence. Une affiche en papier clouée sur l’animal comportait le portrait du maire, une étoile de David et l’inscription « connard ».
Une enquête de flagrance a immédiatement été ouverte et confiée au service local de police judiciaire (SLPJ) de Nice. Les investigations portent notamment sur des faits de menaces de mort ou d’atteinte aux biens dangereuse pour les personnes visant un élu public, outrage à personne dépositaire de l’autorité publique et provocation publique à la haine ou à la violence en raison de l’origine, de l’ethnie, de la nation, de la race ou de la religion.
L’exploitation des caméras de vidéoprotection de la ville a permis d’observer un individu vêtu de noir, muni d’un sac cabas, accrocher la tête de porc et l’affiche peu avant 22 heures le soir des faits. Les images ont également permis d’identifier un véhicule susceptible d’être lié à l’opération, laissant envisager la participation de quatre personnes. Les investigations menées autour de ce véhicule et sur la provenance de la tête de porc ont conduit les enquêteurs à identifier deux individus susceptibles d’être impliqués, nés respectivement en 1988 et 1990 en Tunisie.
Le premier suspect, localisé à Nice, a été placé sous surveillance. Le 4 mars à 12h30, alors qu’il était suivi par les enquêteurs, il a été aperçu en train de photographier Christian Estrosi à quelques mètres de lui dans le centre-ville. Les policiers ont alors procédé à son interpellation. Parallèlement, le second individu a été localisé dans le département de Seine-et-Marne. Dans le cadre d’une co-saisine avec les services locaux de police judiciaire, il a été interpellé le 5 mars à 6 heures. Plusieurs perquisitions ont été menées dans la foulée, permettant la saisie de nombreux téléphones, matériels informatiques et équipements audiovisuels.
Entendus à plusieurs reprises par les enquêteurs, le procureur précise que le premier mis en cause conteste toute participation aux faits. Le second reconnaît avoir participé à certains actes préparatoires, tout en niant toute implication directe et volontaire dans la mise en scène.
L’homme né en 1988 a déjà été condamné pour travail dissimulé, conduite sans permis et vol en réunion. Habituellement domicilié en région parisienne, il se présente comme titulaire d’un doctorat en informatique et autoentrepreneur. Il dispose d’un récépissé de demande d’asile.
Le second, né en 1990, a été condamné pour infractions à la législation sur les stupéfiants. Également domicilié en région parisienne, il est en situation irrégulière sur le territoire français et affirme travailler de manière non déclarée sur des chantiers.
Les deux hommes ont été déférés ce jour devant la justice dans le cadre de l’ouverture d’une information judiciaire pour plusieurs infractions, notamment :
– violences sur un élu public sans incapacité, aggravées par un mobile lié à l’origine ou à la religion,
– provocation publique à la haine ou à la violence,
– accès frauduleux à un système de traitement automatisé de données à caractère personnel,
– association de malfaiteurs en vue de la commission de délits punis d’au moins cinq ans d’emprisonnement.
Selon le procureur, de nombreuses investigations restent à mener, notamment pour identifier l’ensemble des protagonistes, directs ou indirects, et préciser les circonstances et motivations exactes des faits.
Dans ce contexte, le parquet a requis le placement en détention provisoire des deux mis en cause, afin d’éviter tout risque de concertation frauduleuse, de pression sur les témoins et de garantir leur maintien à la disposition de la justice.
Valérie Noriega