13 mars 2026
Des chiffres et du citron !
Au salon de l’agriculture de Paris, deux jeunes femmes attirées par l’or des fruits d’une cagette s’approchent du stand de Christopher Ciabaud sur le stand du Département des Alpes-Maritimes.
« Mais qu’est-ce qu’il a donc de si particulier, le citron de Menton ? » demandent-elles à l’exposant. En réponse, celui-ci sort une petite râpe et grattouille légèrement la pulpe. Il la tend ensuite vers les narines de ses visiteuses. Réaction immédiate : « Hummm, que ça sent bon ! ».
« Regardez, la peau est rugueuse, souvent bosselée », poursuit le producteur. « Elle est très concentrée en huiles essentielles. L’arôme est puissant et frais. Son goût a moins d’amertume, moins d’acidité qu’un citron ordinaire, on peut même croquer dedans sans difficulté ». Conquises, les deux femmes repartent avec un sachet bien garni.
Pendant toute la durée de sa présence à la Porte de Versailles, Christopher Ciabaud se sera employé à expliquer pourquoi le citron IGP de Menton est un produit exceptionnel qui doit toutes ses qualités à Dame Nature. Cultivé seulement sur les communes de Saint-Agnès, Roquebrune-Cap-Martin, Gorbio, Castellar et Menton, et sur une bande de sept kilomètres de profondeur maximum par rapport à la mer et de 390 mètres d’altitude tout au plus, il pousse plus haut que ses ‘confrères’ de Sicile, d’Espagne, de Tunisie ou d’Argentine. Lorsqu’il fait froid, il se protège en concentrant des sucres. « On prétend que c’est le plus doux au monde » explique le producteur, ce qu’une dégustation nous convainc sur le champ.
Arrivé d’Inde et de Chine en 1600, ce citron a connu son âge d’or sur la période 1700 – 1850. Sa culture a ensuite décliné sous l’effet du développement touristique et de la construction de belles villas le long de la Riviera qui ont grignoté son espace. Mais il retrouve une nouvelle vigueur depuis quelques années, avec des passionnés et de nouvelles plantations. Qui n’ont pas peur de travailler à la main, sans aucune mécanisation, sur des parcelles en restanques souvent difficiles d’accès.
« Soyons clairs : on ne vit pas de sa production » explique Christopher qui est… expert-comptable lorsqu’il ne travaille pas ses citronniers sur les terrains laissés par ses aïeux. « Nous sommes maintenant 106 petits producteurs réunis au sein de la coopérative Riviera française. Chacun a sa clientèle propre, mais elle nous aide à commercialiser et à nous faire connaître. Les surfaces cultivées ont tendance à augmenter, mais nous resterons un produit rare, car bien évidemment il y a peu de parcelles disponibles ».
Les variétés de l’IGP (Adamo, Cerza, Eurêka et Santa Teresa) permettent une production tout au long de l’année. Elles sont parfaitement adaptées à la géographie et au climat local qui garantissent un ensoleillement tempéré par les montagnes proches et l’air de la mer. Des conditions idéales pour les agrumes (les coopérateurs produisent aussi des cédrats, des citrons-caviar, des limes de Tahiti, des combawas, des oranges douces, des pomélos, des yuzus, des clémentines et mandarines, etc.). Leurs ambitions encore modestes sont bien réelles : avant de songer à l’international, ils se verraient bien déjà conquérir Rungis et toutes les grandes tables de France.
Jean-Michel Chevalier