Niçois bloqués au Moyen-Orient : « On entendait jour et nuit des détonations »


Politique


10 mars 2026

Me Julien Prandi, avocat du barreau de Nice, est resté bloqué 8 jours à Doha, il nous raconte

Me Julien Prandi, avocat du barreau de Nice, rentré en France le week-end dernier après avoir été bloqué plusieurs jours au Qatar, revient sur une semaine agitée et parfois angoissante.

Comment vous êtes-vous retrouvé bloqué ?

 J’étais en voyage familial en Australie et pour le retour nous avions une escale de trois heures à Doha puisque nous voyagions avec Qatar Airways. Le 28 février nous avons atterri depuis Perth vers 4 h du matin heure locale et nous sommes repartis pour Nice vers 9h00. Après deux heures de vol, le commandant nous a informés que nous devions rentrer à Doha sans plus de précisions. Grâce à la connexion wifi nous avons découvert que les États-Unis et Israël venaient de mener une attaque en Iran et qu’en conséquence les espaces aériens du Moyen-Orient fermaient les uns après les autres. Nous avons donc compris que ça allait être le début d’une « aventure ». Nous avons atterri à Doha vers midi et ce qui devait être une simple escale de quatre heures est devenue un séjour contraint de huit jours.

Avez-vous été inquiets ?

©JP


 Dans un premier temps, lorsqu’on a été détournés et qu’on s’est retrouvés bloqués dans l’aéroport, on était plutôt frustrés et un peu énervés. L’inquiétude est née quand dans la nuit du 28 février au 1er mars, alors que nous nous trouvions toujours dans l’aéroport, nous avons entendu de fortes détonations qui ont fait trembler les vitres. Et nous avons alors constaté que le système de défense du Qatar était en train d’intercepter des tirs de missiles iraniens. A ce moment-là, on comprend qu’on est dans un pays en guerre.
 

Comment s’est passée la vie au quotidien ?

 Après vingt heures d’attente à l’aéroport, Qatar Airways nous a logés dans un hôtel à Doha, et par la suite c’est l’État du Qatar qui a pris le relais de la prise en charge. Nous étions dans un hôtel où des repas nous étaient servis à des heures convenues et tout a été pris en charge. Comme nous n’avions pas nos valises, on a tout de même dû aller acheter des vêtements de base. On s’occupait comme on pouvait. Pour ma part, j’essayais de gérer les audiences et les dossiers à distance avec mon téléphone, n’ayant pas d’ordinateur sous la main. À ce titre, je tiens à remercier tous les confrères qui se sont rapprochés de moi pour m’apporter leur soutien et leur aide dans la gestion des dossiers. Mon collaborant, Me Marchio, m’a grandement assisté durant cette période et je le remercie vivement. Je souhaite également remercier Monsieur le Bâtonnier qui chaque jour prenait contact avec moi afin de s’assurer que nous allions bien et que je n’avais pas de difficulté professionnelle. Et j’essayais de faire un peu de sport pour me vider l’esprit. Mais quotidiennement on recevait des alertes sur le téléphone et on entendait jour et nuit des détonations. Parfois les interceptions avaient lieu juste au-dessus de nous et là c’est assez impressionnant. Mais les Qataris ont été formidables et ils ont tout fait pour que cette période soit la moins pesante pour nous.

Comment la situation s’est-elle débloquée ?

L’heure du retour enfin ©JP


 Dans la nuit du 6 au 7 mars, à 1 h du matin, le téléphone de la chambre a sonné, c’était un membre du personnel de Qatar Airways qui m’informait qu’on avait une heure pour préparer nos affaires car on allait être transférés à l’aéroport pour un vol pour Paris, une fenêtre de vol ayant été ouverte par les autorités aéroportuaires. C’est ainsi qu’on a été transférés en bus à l’aéroport et qu’on a pu embarquer pour Paris où nous sommes arrivés le 7 mars à 14h15. On a eu de la chance car après notre départ il y a eu une vague d’attaques et l’espace aérien a été de nouveau fermé. On a dû trouver un vol pour Nice via Air France, à des prix totalement inadmissibles. Et Air France nous a fait payer un supplément bagage… ils n’ont pas pris en compte la particularité de notre situation. En tout cas, on doit tout au Qatar et à Qatar Airways car sur place l’ambassade n’a rien fait. Elle était injoignable et quand on s’y rendait, on n’était pas reçus. Il n’y avait même pas un bureau d’accueil, ils n’ont aidé en rien ! Alors que les autres ambassades rendaient visite à leurs ressortissants dans l’hôtel. Durant ces huit jours, on a eu un sentiment d’abandon de la part des autorités françaises.

Proos recueillis par Sébastien Guiné

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Sébastien Guiné