21 mars 2026
Une visite s’impose au musée de la Photographie de Nice !
Les figures étranges, dignes, muettes et impassibles de Justine Tjallinks semblent être issues d’un autre âge. Elles interrogent autant le Siècle d’Or de la peinture hollandaise que le nôtre. On essaiera de démêler les multiples ressorts de ce mystère au musée de la Photographie Charles Nègre de Nice. Dans cette exposition, ce qui frappe de prime abord, c’est la qualité picturale de chaque image. Devant chaque cliché, on est appelé à se demander s’il s’agit de peinture ‘classique’ ou de photographie…
Soixante et une photos composent cette rétrospective. Elles attendent patiemment les visiteurs dans le silence et la pénombre. À 25 ans, immédiatement après ses études à l’Amsterdam Fashion Institute, Justine Tjallinks débute sa carrière comme directrice artistique et graphiste pour plusieurs magazines de mode. Elle construit une œuvre insolite, immédiatement reconnaissable. Très vite, la photographe sera reconnue sur la scène internationale, les salons de Paris Photo, Photo London, Photo Basel etc. lui apportant la notoriété.
L’artiste procède toujours de la même manière. Elle repère ses modèles dans les rues d’Amsterdam, s’entretient avec ceux-ci, compose méticuleusement en accord avec eux chaque séance de pose. On imagine avec quelle minutie elle choisit tous les détails pour opérer une transformation qui mettra en valeur la singularité du personnage. Scénographie, maquillage, coiffure, vêtements et accessoires créeront une atmosphère réaliste ou fantastique, avec de multiples analogies avec la peinture ancienne. La lumière joue un rôle crucial, comme chez Vermeer. Elle confère à chaque photo un aspect mystique, des silences habités, racontant une histoire muette. Justine Tjallinks retravaille ses images en combinant retouche manuelle et peinture numérique. Cette dernière étape est cruciale, elle donnera aux images cette dimension picturale troublante.
S’il ne s’agissait que d’esthétique, on s’arrêterait là. Mais s’ajoutent une dimension sociale et éthique, une réflexion approfondie. Ses modèles sont beaux à travers leurs différences. Les corps et les visages ne sont pas normés, invitant le spectateur à s’ouvrir à la complexité des corps et des identités. Ses images valorisent les singularités physiques en exaltant leurs imperfections. À travers cette démarche militante, humble, douce et bienveillante, on ne trouve aucune recherche de spectaculaire, rien d’exotique. On ne peut lui reprocher un quelconque voyeurisme.
Marie Lesimple