Edito hebdo - Une époque très étonnante


Politique


10 avril 2026

C’est certain : nous vivons dans un monde absolument étonnant nous dit JMC

Avec ses domaines d’application quasi illimités, on n’imagine pas encore jusqu’à quel point l’IA va nous simplifier la vie dans les années à venir. Mais, hélas, l’on sait déjà que son coût social sera faramineux. La disparition de nombreux métiers est prévisible. À commencer – ce sont des exemples parmi d’autres – par les traducteurs puisque l’ordinateur va plus vite et que ses services sont gratuits, ou les chauffeurs de taxi avec l’arrivée promise de voitures autonomes. Selon une étude de la Coface, jusqu’à 5 millions d’emplois sont menacés en France d’ici 2030...

En ‘interne’ aussi, l’IA va faire des ravages : la très sérieuse agence Reuters vient d’annoncer que Meta (maison-mère de Facebook, WhatsApp et Instagram) envisage de supprimer 20 % « au moins » de ses effectifs pour financer le développement de cette nouvelle technologie numérique. Amazon et Block ont déjà pris des décisions similaires, imitées par Oracle, un géant américain, qui vient d’annoncer à 30 000 de ses salariés leur licenciement immédiat. « Aujourd’hui est votre dernier jour de travail » ont-ils découvert le matin sur leur intranet, sans autre forme de procès, en arrivant au bureau. La justification d’une telle ‘purge’ est uniquement économique : Oracle affiche cette année des revenus en hausse de 22 %. De son côté, le boss de Meta, Mark Zuckerberg, explique doctement que « des projets qui nécessitaient autrefois de grandes équipes peuvent désormais être menés à bien par une seule personne très talentueuse ». L’idéal serait aussi de la sous-payer, voire qu’elle-même paie pour travailler pour des patrons aussi éthiques et respectueux...
Il n’y a qu’une chose que l’IA ne sait pas encore, c’est comment tout cela finira. À mon avis, pas besoin d’être grand clerc… Nous vivons dans un monde étonnant.


La compagnie maritime TOWT, pionnière du transport de marchandises à la voile, vient de déposer le bilan. Une cinquantaine d’emplois sont menacés. Une mauvaise fortune de mer due à la politique douanière américaine. Les cales des deux cargos exploités sur l’Atlantique par l’armateur français sont maintenant vides. Résumons : c’est au moment où l’on cherche à limiter les émissions de gaz à effet de serre et que le prix du pétrole augmente que le transport maritime le plus vertueux risque de faire naufrage.
Nous vivons vraiment dans un monde étonnant.


Grand habitué des actions collectives (lombardisation des crédits, Levothyrox, moteurs de Stellantis…), Maître Leguevaques s’attaque maintenant aux «  profits exorbitants » des concessionnaires autoroutiers. L’avocat toulousain a sorti sa calculette pour (re)faire les comptes. S’ils sont exacts, il y a sûrement matière à nouvelle commission d’enquête parlementaire. «  Quand vous faites une analyse précise de 100 euros de péage, vous vous rendez compte qu’en réalité vous payez 33 % de dividendes aux actionnaires » explique le trublion en robe noire. « Certaines années, 20 à 24 % du chiffre d’affaires se transforment en bénéfice net avant dividendes  ». Il entend saisir le Conseil d’État puis, en cas d’issue favorable, se tourner vers des instances administratives pour réclamer une indemnisation des usagers. Les Azuréens espèrent toujours la gratuité du contournement de Nice sur l’A8. Une revendication vieille comme l’autoroute elle-même. Un péage que rien ne justifie, sinon les raisons expliquées plus haut.
C’est certain : nous vivons dans un monde absolument étonnant !


Jean-Michel Chevalier