22 avril 2026
Notre idée sortie ce week-en nous emmène au musée des Arts Asiatiques de Nice
Le musée des Arts Asiatiques de Nice présente actuellement des œuvres tirées de la collection privée Borg, l’une des plus importantes consacrées à l’art du cirque au Japon.
Régulièrement prêtée à de grandes institutions, la collection montre des peintures, dessins, affiches, objets d’art, costumes, jouets, sculptures et photographies qui retracent l’évolution de ces arts de la rue depuis au moins l’époque Edo (1603 – 1868).
Bien avant notre époque des mangas, les artistes japonais se sont en effet inspirés du cirque pour leurs productions réalisées avec créativité et délicatesse. Leurs estampes étaient vues par leurs contemporains comme de simples prospectus publicitaires pour annoncer les spectacles, mais les plus beaux sont aujourd’hui considérés comme de véritables trésors !
La collection Borg témoigne de cette histoire du cirque et de son évolution dans le Japon du XIXe siècle. Jongleurs, acrobates, danseurs, funambules, dresseurs d’animaux et autres illusionnistes se rendaient de ville en ville pour y présenter leurs spectacles, notamment au moment des fêtes saisonnières qui rythmaient – comme aujourd’hui celles des cerisiers en fleurs – la vie sociale et festive de l’archipel.
Ces animations populaires se développèrent à partir de l’époque Edo, alors que les artistes n’étaient guère mieux considérés que les comédiens de Molière, relégués en marge de la bonne société...
Bouddhisme et divinités shintô ont nourri l’imaginaire de ces artistes de cirque. L’ouverture du Japon au monde occidental (époque Meiji 1868 – 1912) allait faire évoluer les codes sans les bousculer totalement, avec de nouvelles inspirations que les habitants des grands ports de l’archipel découvraient, émerveillés, surpris et quelquefois avec réserve.
La venue d’un grand cirque américain allait marquer durablement les esprits. Les circassiens nippons n’ont pas hésité à partir eux aussi à la découverte du monde en exportant leurs tours et en participant à l’engouement des occidentaux pour le pays du soleil levant.
Dans le musée niçois, on découvrira de nombreux « tableaux » de genre réalisés en xylographie (impression sur bois demandant plusieurs planches enduites d’encre, une pour le contour puis une pour chaque couleur utilisée). Si le procédé permettait des impressions en série à bon compte, le support en papier était évidemment fragile.
C’est un miracle que certains soient arrivés jusqu’à nous en parfait état de conservation. D’ailleurs, retrouvera-t-on dans deux ou trois siècles des exemplaires des prospectus que l’on glisse aujourd’hui sous les
essuie-glaces des voitures ?…
Jean-Michel Chevalier