1er mai 2026
Présentés comme un levier de fréquentation, les points relais s’imposent dans le paysage local.
Présentés comme un levier de fréquentation, les points relais s’imposent dans le paysage local. Mais sur le terrain, entre opportunité économique et pression quotidienne, les commerçants nuancent fortement leur impact.
Derrière les comptoirs, les piles de colis racontent une transformation silencieuse du commerce de proximité. À mesure que le e-commerce progresse, les points relais se multiplient dans des boutiques de toutes tailles. Mais sur le terrain, la réalité est plus contrastée que l’image d’un simple « plus » économique.
Pour l’administrateur de la Confédération nationale des buralistes en charge des colis, ces services participent clairement à l’évolution du métier. « Ça permet de faire venir du monde », explique Thierry Meyronin. Dans un contexte de baisse des ventes traditionnelles, notamment du tabac, cette activité constitue un complément devenu, pour certains, indispensable.
Dans les commerces, le constat est partagé : les colis génèrent du passage.
À Nice, Fanny Raimondo, gérante du bar-tabac La Civette, confirme un effet d’attractivité, mais limité. « Oui, ça ramène un petit peu de monde », observe-t-elle. Toutefois, la conversion en achat reste marginale : « C’est une fois sur dix passages. » Pour elle, l’intérêt principal reste la visibilité et le flux, plus que la rentabilité directe.
Dans d’autres commerces, le ressenti est plus contrasté. À Saint-Laurent-du-Var, Sonia Taramorsi, dirigeante d’Azur Vap, une boutique spécialisée dans la vente de cigarettes électroniques, a expérimenté à plusieurs reprises ce service. Elle évoque une activité lourde à absorber : « Les gens vous disent “de toute façon, vous êtes payés pour ça” », raconte-t-elle. La gestion des flux a même eu un impact humain fort : « J’ai perdu trois salariés, burn-out à cause des clients colis. » Elle estime aujourd’hui que l’activité dépasse parfois ce qu’un commerce peut absorber sans désorganisation.
Si le flux est réel, sa valeur économique directe reste limitée. « C’est quelques centimes par colis », rappelle Thierry Meyronin. Chez Fanny Raimondo, l’activité reste stable, entre 50 et 60 colis reçus par jour et une trentaine en départ, intégrés au fonctionnement quotidien sans bouleverser l’activité principale. Pour Sonia Taramorsi, la montée en charge est plus marquée : « On est passé à plus de 200 colis reçus et une centaine en expédition par jour. » Elle estime le temps consacré à cette activité largement sous-évalué : « On est à moins de 2 euros de l’heure si on calcule vraiment. » Une charge qui impose une organisation stricte et permanente. Au-delà des chiffres, tous évoquent une transformation du rythme de travail. « Vous n’êtes plus jamais tranquille », résume la dirigeante d’Azur Vap, entre flux continu, attentes clients et gestion simultanée de l’activité principale.
Malgré les contraintes, difficile de faire marche arrière. Pour Fanny Raimondo, l’équilibre reste globalement positif : « Ça peut contribuer à faire connaître le commerce. » Elle continue à intégrer ce service sans remettre en cause son modèle. Pour les buralistes comme pour les autres commerces, le colis reste un outil de diversification dans un contexte de mutation profonde. « Il ne faut pas oublier son cœur de métier », insiste Thierry Meyronin. Car au-delà de l’apport de fréquentation, le système s’inscrit aussi dans une concurrence accrue avec la montée des consignes automatiques et des acteurs comme Mondial Relay, Amazon ou Chronopost qui redessinent progressivement le paysage de la livraison de proximité.
Manon Laniel