11 mai 2026
Sur la photo de famille des 163 édiles du département, élus en mars dernier, 41 nouveaux visages
La place des femmes progresse dans la vie politique locale. Elles représentent environ 21,5 % des maires en 2026 contre 14,7 % en 2020. À Vence, les électeurs ont majoritairement choisi Anne Sattonnet, première femme à remporter les élections municipales dans cette ville de près de 20 000 habitants.
« Je suis un nouveau maire mais je ne suis pas un nouvel élu. » C’est en 1995 qu’Anne Sattonnet obtient son premier mandat : adjointe à l’urbanisme de la ville de Vence. « J’étais la seule femme du département à ce poste. » Puis, en 2008, elle devient conseillère départementale. « Nous étions 4 femmes sur 52 conseillers. J’ai pu mesurer en 30 ans l’évolution, notamment avec les listes paritaires. Je trouve que cela a changé la façon de travailler, nous n’avons pas le même regard sur les dossiers que les hommes. À mon avis, les femmes sont plus dans le détail, plus pointilleuses car on a une obligation de résultat au quotidien, au travail comme à la maison. »
Mère de trois enfants et grand-mère de 4 petits-enfants, cette fille de préfet, diplômée de droit public, a toujours mené de front sa carrière professionnelle, politique et sa vie de famille à l’heure où on ne parlait pas encore de charge mentale. Elle occupait un poste de directrice de clinique au sein du pôle Saint-Jean. À 40 ans, elle décide de reprendre ses études pour compléter sa formation initiale d’un master en droit de l’urbanisme et de l’environnement.
Aujourd’hui, forte de son réseau, des compétences glanées au fil des années, Anne Sattonnet s’est notamment fixée l’objectif de remettre Vence au cœur de l’échiquier métropolitain.
« J’ai dit à Éric Ciotti : je veux un mandat qui soit efficace pour ma commune. Je suis la 5e vice-présidente. J’ai eu une délégation opérationnelle, celle du renouvellement urbain et de la politique de la ville. Vence a un quartier politique de la ville. Derrière la carte postale, il y a une pauvreté importante, une problématique d’emploi, d’insertion, de logements vétustes voire insalubres, de transport. Le centre ancien a besoin d’être rénové, tiré vers le haut pour être plus attractif, les commerces ferment. Les difficultés sont grandes, il faut les prendre à bras-le-corps et cette délégation est un levier pour Vence pour pouvoir travailler sur ces thématiques. »
Anne Sattonnet estime que Vence était le parent pauvre de la Métropole, que la ville n’était pas reconnue en tant que bourg-centre. Repositionner Vence en tant que 4e ville de la communauté urbaine est devenu son obsession. « Tout ne sera pas réglé en un jour mais nous avançons. C’est un travail au quotidien avec les services de la Métropole avec qui je suis en contact tous les jours. »
Elle le dit sans détour : « Vence ne va pas bien ; j’ai évoqué avec les chefs de service la notion de “prendre soin de Vence” car je souhaite que chaque fois qu’on voit quelque chose qui ne va pas, le cabinet en soit directement informé. Je suis très attachée à la propreté, à l’harmonie dans l’espace public. »
Dans le même temps, Anne Sattonnet a donc lancé un grand plan de nettoyage de la ville, un audit financier et organisationnel de la commune. « La situation financière de la ville est incertaine », concède Madame le maire.
La ville doit faire face à une dette de 22 millions et à des dossiers qui risquent d’impacter encore davantage les finances de la ville comme le contentieux avec Eiffage sur le projet immobilier Chagall. « Nous sommes en train de renouer le dialogue avec Eiffage pour essayer de limiter la casse. Pour la piscine, elle sera reconstruite à l’identique sans la couverture. Il faut redimensionner les projets à l’échelle de Vence. »
De nombreux autres dossiers sont sur le bureau de l’édile. Anne Sattonnet est une proche du maire de Cannes, David Lisnard, qui ne cache plus ses ambitions nationales. Certains Vençois ont une crainte : voir leur Maire partir en cours de route. « Je suis une femme politique depuis 30 ans, j’aurais pu faire le choix d’être candidate au Sénat par exemple pour Nouvelle Énergie. Cela n’a pas été mon choix. Je me sens plus utile en étant maire. C’est le poste où vous embrassez toutes les compétences : sociales, éducation, logement, urbanisme… Tous les grands sujets réunis au cœur de la ville. Vous dessinez la ville de demain… surtout quand vous êtes urbaniste. »
Marine Einaudi