15 mai 2026
De l’incinération des déchets à la géothermie, en passant par les eaux usées, Nice multiplie les réseaux de chaleur
De l’incinération des déchets à la géothermie, en passant par les eaux usées et bientôt la mer, Nice multiplie les réseaux de chaleur. Des modèles différents avec un même objectif : stabiliser les coûts et développer les énergies locales.
« Le réseau de chaleur ne veut pas dire forcément que c’est bien », prévient d’emblée l’écologiste Jean-Marc Governatori, adjoint au maire de Nice délégué à l’environnement. Derrière cette formule, une réalité : tous les réseaux ne se valent pas, selon leur source d’énergie et leur impact environnemental. À l’est de la ville, dans le secteur de l’Ariane, la chaleur est produite grâce à la valorisation énergétique des déchets. Le site de traitement, Arianeo, en pleine modernisation, transforme les ordures en chaleur et en électricité. « Par rapport au brûlage des déchets, on produit de la chaleur. Et par conséquent, on produit de l’électricité », explique Jean-Marc Governatori. Ce réseau alimente aujourd’hui environ 7 000 logements, avec une extension envisagée à 12 000 dans les prochaines années, notamment vers Pasteur, Bon Voyage ou Saint-Jean d’Angély. Une solution qui permet notamment d’éviter 10 000 tonnes de CO2 mais qui reste, selon l’élu, une alternative aux énergies fossiles plus qu’un modèle idéal. « C’est peut-être mieux que du pétrole ou du gaz », nuance-t-il.
À l’ouest, dans la plaine du Var, le quartier Méridia mise sur la géothermie. Ici on utilise des alluvions du Var. L’eau souterraine est captée, puisée dans la nappe phréatique du Var, explique t-il, puis utilisée via des pompes à chaleur. C’est donc une énergie renouvelable et locale. Mis en service en 2021, ce réseau alimente aujourd’hui huit bâtiments, avec un objectif de cinquante d’ici 2032. D’autres dispositifs existent également, comme un réseau alimenté par les eaux usées dans le Grand Arénas, alimenté en chaud et froid par Dalkia - filiale du groupe EDF - qui concerne déjà environ 10 000 logements. « C’est un réseau de chaleur issu du traitement des eaux usées. C’est très bien aussi, ajoute l’élu, car l’équipement tirerait 70 % de son énergie de la chaleur fatale des eaux usées... »
À ces solutions s’ajoute un projet d’ampleur : la thalassothermie, encore absente à Nice. Le principe consiste à capter l’énergie de la mer pour produire du chaud et du froid. « On va utiliser la mer à 1 km des rives (…) et on va pouvoir faire, à terme, 48 000 logements », avance Jean-Marc Governatori. Le projet, qui pourrait être voté cette année, entrerait en service à l’horizon 2031-2032. Il viserait en priorité le centre-ville, avec « 30 000 ou 40 000 logements » concernés, notamment autour de Nice centre et du secteur de Lenval. L’eau de mer serait captée jusqu’à 80 mètres de profondeur, une configuration favorable à Nice : « La température est totalement adéquate pour en faire un réseau très efficace », souligne l’élu. Autre argument avancé : le coût. « Cela ne coûterait rien au contribuable », affirme Jean-Marc Governatori, le financement reposant sur un concessionnaire qui se rémunère sur la distribution d’énergie. À la clé, un prix stabilisé pour les usagers : « Vous n’avez plus des prix fluctuants (…) ce sera un prix fixé à l’avance. Et quand on voit ce qui se passe dans le monde et l’impact que ça a sur le prix du carburant, ou bien tout simplement sur l’approvisionnement, on est obligés de tendre vers l’autonomie énergétique. » Aujourd’hui, la part d’énergie renouvelable reste limitée à Nice, autour de 8 %, contre environ 23 % en France. Un retard que l’élu juge significatif.
Manon Laniel