22 mai 2026
Il faut le savoir : la gestion du patrimoine familial n’est pas réservée qu’aux plus aisés.
Me Hervé Accorsi, notaire à Grasse, récemment formé par l’INAFON et l’EDHEC aux missions de « family officer » l’assure : la gestion du patrimoine familial n’est pas réservée qu’aux plus aisés.
« Dans l’esprit des gens, le ‘Family office’ ne s’adresse qu’à des familles ultra riches, qui ont plusieurs millions d’euros, avec des patrimoines conséquents, plusieurs résidences immobilières, du patrimoine boursier, etc. », avance Me Accorsi, ancien président de la chambre des notaires des Alpes-Maritimes, qui a suivi au cours de ce premier semestre une formation sur cette thématique dispensée par l’Institut notarial de formation (INAFON) et l’école de commerce EDHEC à Nice.
« C’est cela qu’il faut démystifier car cela intéresse beaucoup de monde. Il peut s’agir par exemple d’une famille avec deux ou trois enfants, qui a une résidence principale, une résidence secondaire et une assurance-vie. Ce ne sont pas des choses exceptionnelles. »
Il indique que ces conseils en gestion de patrimoine, les notaires en font « un petit peu sans le savoir et sans le structurer ». Grâce à cette formation, qui offre une certification, l’objectif est « de transformer une expertise juridique existante en une offre de services qui soit structurée, différente et récurrente. Les trois termes sont importants. Nous voulons accompagner les familles à différentes périodes de la vie en étant le chef d’orchestre, c’est-à-dire le personnage central et récurrent qui va animer le patrimoine de la famille et l’orienter vers les bons conseils », précise Me Accorsi. Ce rôle de chef d’orchestre peut également amener le notaire à orienter une famille vers d’autres professionnels du chiffre et du droit car « on peut avoir besoin de l’expertise d’un expert-comptable ou d’un avocat spécialisé ».
L’enjeu pour Me Accorsi est « d’étendre notre périmètre, d’aller au-delà de la prescription d’un acte ». Il rappelle que les notaires, dont le nombre a considérablement augmenté depuis la loi Croissance de 2015, ne peuvent plus se reposer sur leur modèle historique. « Nous avons longtemps vécu sur un domaine de compétences réservées : droit de la famille et droit immobilier. Mais aujourd’hui, ce modèle ne tient plus la route. On ne peut pas se limiter à seulement prescrire un acte », relève-t-il.
Sans oublier les évolutions les plus récentes, avec l’explosion de l’IA : « Aujourd’hui, il y a des clients qui viennent nous voir et qui nous disent ‘J’ai vu ça sur ChatGPT ou sur Claude’. Ils ont déjà une solution. Et le patrimoine des familles est devenu de plus en plus complexe. Aujourd’hui, on a des familles recomposées, des actifs financiers très pointus, de l’immobilier avec des structures sociétaires, des holdings, des sociétés de participation, des actifs à l’étranger… » Pour gérer tout cela, « il faut absolument avoir une vision globale et de la hauteur. C’est là que nous avons une carte à jouer ».
Autre volet très important pour Me Accorsi : l’accompagnement des familles dans l’anticipation des vulnérabilités. Il cite l’exemple du mandat de protection future. « C’est important pour gérer les incapacités et les conflits familiaux éventuels. Plutôt que de devoir intervenir en curatif en allant en catastrophe au tribunal pour faire nommer un tuteur. »
Sébastien Guiné