22 mai 2026
« Avancer ensemble, de manière égalitaire »
Alice André a créé l’association Les Combattantes en 2025 pour œuvrer à un leadership en entreprise plus équilibré et inciter les femmes à ne plus brider leurs ambitions.
En 2025, les femmes occupaient seulement 7,5 % des 80 postes de président et/ou de directeur général des entreprises du CAC40 : aucune femme PDG, deux femmes présidentes du conseil d’administration et quatre femmes directrices générales (Chiffres de l’observatoire SKEMA de la Féminisation des entreprises – Diversité et inclusion au sein des entreprises du CAC 40).
Même si les premiers effets de la législation se font sentir (lois Copé-Zimmermann et Rixain), les femmes continuent de se heurter à ce plafond de verre.
Alors certaines, comme Alice André, cherchent des solutions pour y remédier. Âgée de 30 ans, elle est cheffe d’entreprise depuis sa sortie de l’école de commerce. Entreprendre c’est dans sa nature. Son moteur : l’engagement et le fait d’être animée d’une volonté profonde, celle de faire avancer la cause des femmes mais sans être pour autant une militante féministe. Alice a grandi dans une famille classique qui ne revendique aucune idéologie en particulier. Elle a reçu une éducation plutôt bourgeoise : « On m’a appris à être sage, bien élevée. » Très jeune, Alice n’hésite pas à prendre la parole comme aux scouts dans les conseils du clan. Elle trace sa route en suivant le parcours de femmes inspirantes comme Christine Lagarde ou Simone Veil, « parce que l’une est toujours restée discrète et ne s’est jamais plainte mais est une vraie combattante pour les femmes et l’autre pour les lois qu’elle a portées évidemment mais il faut savoir aussi qu’elle a dû négocier avec son mari pour pouvoir travailler. »
Diplômée du master entrepreneurial d’une grande école de commerce, elle monte sa boîte à 24 ans et est curieuse d’apprendre des autres entrepreneurs. Elle s’inscrit à l’UPE06, rentre au conseil d’administration de la branche cannoise de la French Tech, en devient co-présidente en 2020 et c’est là qu’elle fait un constat : « Il n’y avait que des hommes. Je me suis rendue compte par exemple qu’à la CCI ainsi que dans la plupart des instances dirigeantes des villes, du département, de la région, il y avait peu de femmes. »
Comment faire évoluer les choses ? Alice a su pousser la porte de ces instances et y rencontrait des hommes prêts à l’aider, à échanger : « Le but ce n’est pas de rester entre femmes dans des associations, c’est plutôt de se mélanger aux hommes pour avancer ensemble sur les bonnes pratiques, de manière égalitaire. Donner des clés rapides, efficaces, opérationnelles, à des femmes qui hésitent encore à franchir le seuil de ces instances. » Dans sa réflexion, Alice André n’est pas clivante, elle ne renvoie pas hommes et femmes dos à dos : « Les CA ont besoin de femmes qui candidatent. Il faut que les femmes n’aient pas peur de postuler. Les femmes sont souvent meilleures gestionnaires et ont un management de la douceur et de l’écoute ; les hommes prennent des décisions plus vite et n’ont pas peur de la prise de risque. Donc si on fait la somme des deux on fonctionnera mieux. »
Avec les Combattantes, Alice organise des Bootcamps pour donner vie à un parcours opérationnel pour motiver les femmes à prendre leur place dans le leadership. Pour mobiliser les esprits et faire avancer le débat, elle invite à une réflexion autour de la posture des femmes dirigeantes et des mécanismes qui dès l’enfance freinent leurs ambitions, le 11 juin à l’Assemblée nationale, en présence notamment de Frédérique Vidal, ancienne ministre de l’Enseignement supérieur et de la députée de Paris Catherine Ibled.
La loi Rixain de décembre 2021 fixe une obligation de représentation équilibrée entre les femmes et les hommes parmi les cadres dirigeants et les membres des instances dirigeantes des grandes entreprises, accompagnée d’une obligation de transparence en la matière. Ces obligations concernent toutes les entreprises d’au moins 1 000 salariés pour le troisième exercice consécutif. Depuis le 1er mars 2026, il faut atteindre un objectif d’au moins 30 % de femmes et d’hommes cadres dirigeants et d’au moins 30 % de femmes et d’hommes membres d’instances dirigeantes. À compter du 1er mars 2029, les objectifs chiffrés passeront de 30 % à 40 %.
Marine Einaudi