5 juin 2026
La diplomatie, celle qui permet d’arrondir les angles entre les puissances, est en panne.
Les ailes coupées après une dissolution aux effets calamiteux, critiqué à l’intérieur comme sans doute jamais aucun autre avant lui, le président de la République a, par la force des choses, déporté l’essentiel de son action sur l’international. Un domaine qui ne manque pas de sujets en ce moment. Depuis la guerre en Ukraine démarrée il y a plus de quatre ans et dont on n’entrevoit toujours pas l’issue, jusqu’au grand chambardement apporté par le retour de Donald Trump, que ce soit en matière commerciale, de taxes, d’interventions à l’étranger ne s’encombrant pas du droit. Et maintenant ce front ouvert en Iran qu’il peine à refermer.
La diplomatie, celle qui permet d’arrondir les angles entre les puissances, est en panne. Elle est impuissante à réguler des dirigeants toujours plus totalitaires et brutaux, de Moscou à Washington, en passant par Pékin qui veut avaler Taïwan et Pyongyang où Kim Jong-un compte ses ogives nucléaires comme un petit garçon le ferait avec sa collection de camions de pompiers.
Dans ce contexte du monde tel qu’il est plutôt que comme on voudrait qu’il soit, le message que la France s’oblige à porter est difficilement entendu, couvert par le bruit des missiles et des drones. Les attaques contre les populations de Gaza et du sud du Liban, bombardées jusque dans les zones dites « de sécurité », les tirs sur des bâtiments civils à Kiev et autres actes de terreur renvoient la paix à des jours trop lointains. Ce sinistre tableau donne l’impression de parler dans le désert, sans obtenir de résultats, même en étant épaulé par l’Europe qui partage les mêmes valeurs héritées de l’après-guerre. Ce n’est pas faute d’essayer : on se souvient des multiples et inutiles voyages à Moscou d’Emmanuel Macron pour tenter de convaincre Vladimir Poutine d’arrêter son « opération spéciale ». On constate que Trump n’écoute personne, et surtout pas la raison et la modération, quand le discret et puissant Xi Jinping continue de son côté à avancer ses pions en Afrique et sur l’échiquier mondial du commerce.
C’est de ce monde-là que va hériter, dans un an, le prochain hôte de l’Élysée.
Son élection toute neuve ne lui donnera pas davantage d’autorité sur le plan international où la force brutale l’emporte sur la raison et les déclarations aussi ronflantes que sans effet. Il faut pourtant que la voix des petits et des populations martyrisées soit portée. C’est l’honneur de notre pays de le faire avec la conviction du moucheron qui lutte contre le lion (La Fontaine).
Quant au plan intérieur, rien ne garantit au futur président(e) qu’il disposera en 2027 d’une majorité. Car le paysage politique français a évolué en trois grands blocs irréconciliables qui paralysent un système pensé en 1958 pour fonctionner de manière bipolaire avec une opposition droite/gauche et surtout une majorité pour gouverner. Après les flonflons de l’élection, après la torpeur du prochain été, il faudra réussir à voter avant la fin de l’année un budget qui donnera les moyens de gouverner à l’Exécutif, quel qu’il soit.
Du coup, les négociations avec Poutine, Trump et les autres risquent bien de ne plus être une préoccupation pour les Français qui seront plus focalisés sur leur « nombril » (impôts et taxes, pouvoir d’achat, prix de l’énergie)…
Jean-Michel Chevalier