Déserts médicaux : SKEMA Business School et Université Côte d’Azur lancent un observatoire national de l’accès aux soins


Economie


12 juin 2026

Un observatoire national pour cartographier l’accès aux services de santé jusqu’à l’échelle du quartier

Alors que le Sénat examine la proposition de loi portée par le député Guillaume Garot visant à mieux répartir les médecins sur le territoire, SKEMA Business School et Université Côte d’Azur ont annoncé le 11 juin le lancement de l’Observatoire SKEMA-UniCA de l’accès aux soins. Présenté comme une première en France, cet outil permet de cartographier l’accessibilité aux services de santé à différentes échelles territoriales, jusqu’au niveau du quartier.

Développé dans le cadre de la Chaire Prévention et Accès aux Soins créée conjointement par les deux établissements, l’observatoire entend répondre à un enjeu récurrent du débat public : la difficulté à mesurer avec précision les inégalités territoriales d’accès aux soins et leur évolution dans le temps.
Accessible librement au public, la plateforme agrège des données issues notamment de la Caisse nationale d’assurance maladie, de l’Insee et de plusieurs bases publiques gouvernementales. Elle fournit une vision détaillée de l’offre de soins à l’échelle nationale, régionale, départementale, communale et infra-communale.

Outil d’aide à la décision

L’outil se distingue par la finesse de son niveau d’analyse ainsi que par l’étendue de son périmètre. Il couvre 22 professions de santé et permet d’évaluer l’accessibilité à trois grandes catégories de services : les professionnels de santé libéraux, les établissements hospitaliers, notamment les services d’urgence et les structures psychiatriques, ainsi que les infrastructures essentielles comme les pharmacies et les Ehpad. Certains indicateurs sont disponibles sur une période pouvant atteindre quinze ans. Les porteurs du projet mettent en avant un outil d’aide à la décision destiné aux collectivités territoriales, aux agences régionales de santé et aux opérateurs publics ou privés. Un maire pourra ainsi identifier les spécialités médicales présentes ou absentes dans les différents quartiers de sa commune et comparer sa situation à celle de territoires similaires. Les agences régionales de santé disposeront de données permettant d’affiner leurs stratégies d’implantation des professionnels de santé, tandis que les acteurs de l’offre de soins pourront repérer les zones où les besoins apparaissent les plus importants.
Pour Benjamin Montmartin, professeur d’économétrie et de data science à SKEMA Business School et directeur de la Chaire Prévention et Accès aux Soins, l’objectif est de dépasser le simple constat des inégalités territoriales. Selon lui, le débat sur les déserts médicaux souffre d’un manque d’indicateurs précis, comparables dans le temps et couvrant l’ensemble de l’offre de santé. L’ambition de l’observatoire est ainsi de fournir aux élus et aux acteurs du système de santé un outil scientifique permettant d’objectiver les besoins des territoires et d’évaluer les politiques mises en œuvre.
Le lancement intervient dans un contexte marqué par les tensions croissantes sur l’accès aux soins. Selon les données citées par les porteurs du projet, près de neuf millions de Français résident aujourd’hui dans des territoires confrontés à la désertification médicale. Dans certaines zones, les délais d’obtention d’un rendez-vous peuvent atteindre plusieurs mois pour certaines spécialités.
Cette initiative s’inscrit dans les travaux de la Chaire Prévention et Accès aux Soins, créée en 2025 avec le soutien de l’Initiative d’Excellence d’Université Côte d’Azur. Les recherches menées dans ce cadre mobilisent des approches croisées en économie, santé publique et science des données afin d’étudier les inégalités sociales et territoriales de santé.
Pour Sylvain Antoniotti, vice-président de l’Initiative d’Excellence d’Université Côte d’Azur, l’observatoire illustre la volonté de mettre la recherche au service des enjeux sociétaux. En associant expertise académique, innovation méthodologique et ouverture des données, le dispositif vise à éclairer les décisions publiques et à contribuer à la réduction des inégalités d’accès aux soins.
Au-delà de sa dimension scientifique, le projet traduit une évolution dans l’approche des déserts médicaux. La question n’est plus seulement abordée sous l’angle de la démographie médicale, mais également comme un enjeu de pilotage territorial fondé sur des données objectivées et accessibles. Les chercheurs espèrent ainsi apporter aux décideurs publics un instrument de mesure permettant de suivre, comparer et évaluer plus finement les réalités locales de l’accès aux soins.

L’observatoire est accessible à l’adresse www.chaire-paas.com. Cette Chaire est soutenue et labelisée Initiative d’Excellence par l’Université Côte d’Azur (IdeX)


Valérie Noriega