Man Ray – Le Musée d’Art célèbre le maître de la « Magie de l’Image »


Culture


18 juillet 2026

Le Musée d’Art de Toulon présente près de 200 œuvres de Man Ray, figure majeure du surréalisme, pour une exposition événement de grande ampleur.

Le Musée d’Art de Toulon a ouvert ses portes, le 4 juillet, à l’une des expositions les plus attendues de la saison estivale : « Man Ray, Magie de l’Image ». Jusqu’au 31 octobre, le public est invité à découvrir le parcours foisonnant de l’un des artistes les plus inventifs du 20ème siècle. À travers près de deux cents pièces – photographies, peintures, objets, dessins et films –, l’événement retrace l’itinéraire d’un créateur qui a fait de la liberté son principe et de l’expérimentation sa méthode.
Cette rétrospective s’inscrit dans une double commémoration qui lui confère une résonance particulière : le cinquantenaire de la disparition de l’artiste, décédé à Paris en 1976, et le bicentenaire de la première photographie connue, réalisée par Nicéphore Niépce en 1826.

Entre New York, Paris et Hollywood

L’exposition, pensée comme une traversée de l’œuvre plutôt qu’une chronologie stricte, se déploie en six chapitres. Elle débute avec la jeunesse new-yorkaise d’Emmanuel Radnitzky, devenu Man Ray, marquée par la découverte des avant-gardes européennes et sa rencontre décisive avec Marcel Duchamp en 1915. Une amitié qui durera cinquante-trois ans et nourrira une complicité artistique sans faille.
Le parcours se poursuit à Paris, où Man Ray débarque en 1921 et devient une figure centrale des scènes Dada puis surréaliste. C’est la période de l’effervescence de Montparnasse, des portraits iconiques d’André Breton, Kiki de Montparnasse ou Lee Miller, et de la création d’œuvres emblématiques comme Le Violon d’Ingres (1924) ou Noire et blanche (1926). L’exil forcé à Hollywood en 1940, en raison de ses origines juives, puis son retour définitif à Paris en 1951 dans son atelier de la rue Férou, concluent ce voyage à travers un siècle de création.
Plus qu’un photographe, Man Ray fut un inventeur d’images. L’exposition met en lumière sa capacité unique à repousser les limites de chaque médium. Il photographie sans appareil avec ses fameuses « rayographies », des compositions d’objets posés sur papier sensible qui révèlent des empreintes spectrales. Avec son assistante et compagne Lee Miller, il redécouvre et sublime la technique de la solarisation, qui nimbe ses modèles d’un halo irréel.
Ses objets, tels que Le Cadeau (1921) – un fer à repasser hérissé de clous – ou L’Objet indestructible (1923), un métronome surmonté d’un œil, témoignent de son humour et de son goût pour le détournement poétique. Il révolutionne également la photographie de mode en collaborant avec les plus grands couturiers, de Paul Poiret à Coco Chanel, et les magazines comme Vogue ou Harper’s Bazaar. Il y insuffle l’étrangeté et l’audace du surréalisme, transformant une commande publicitaire comme celle pour le mascara Larmes (1932) en une icône de l’art moderne.
Cette quête inlassable était guidée par une éthique profonde, résumée dans une de ses formules :
« Mon vrai souci, ç’a toujours été de m’amuser. »
Une légèreté qui n’était pas frivolité, mais une forme de lucidité et de résistance, comme le suggère l’épitaphe qu’il choisit pour sa tombe au cimetière du Montparnasse : «  Insouciant, mais pas indifférent  ».
Pour accompagner cet événement majeur, le Musée d’Art de Toulon propose un dialogue à travers deux autres expositions. Au Cabinet d’art graphique, une sélection de clichés du photographe humaniste Paul Almasy (1906-2003) offre un contrechamp sensible à l’expérimentation surréaliste. Parallèlement, la Maison de la Photographie de Toulon présente « Short & Sweet », une exposition consacrée au maître britannique de l’ironie sociale, Martin Parr, tissant un fil inattendu entre la poésie dadaïste de Man Ray et le regard satirique contemporain.

L’exposition « Man Ray, Magie de l’Image » jusqu’au 31 octobre 2026 au Musée d’Art de Toulon, 113 boulevard Général Leclerc. Le musée est ouvert du mardi au dimanche, de 12h à 18h. Un catalogue richement illustré, qui approfondit chaque section du parcours, est publié à cette occasion.


Gilles Carvoyeur