Réindustrialisation de Fos-Berre, des associations alertent sur une surveillance de l’air


Politique


9 août 2026

À l’heure où la zone de Fos-Berre s’engage dans une nouvelle phase industrielle, un collectif mené par l’ASEF tire la sonnette d’alarme sur un dispositif de suivi de la pollution de l’air jugé obsolète et dangereux pour la santé.

Dans le contexte de la réindustrialisation de la zone Fos-Berre, un front commun d’associations, dont l’Association Santé Environnement France (ASEF) et France Nature Environnement PACA, exprime de vives inquiétudes. Selon elles, le système actuel de surveillance de la qualité de l’air est insuffisant pour faire face aux nouveaux enjeux industriels et protéger efficacement la santé des populations locales. Elles appellent à une refonte complète du dispositif pour garantir un suivi transparent et adapté aux polluants émergents.

Un réseau de surveillance en net recul

Le premier constat des associations est alarmant : le réseau de mesure de la pollution atmosphérique s’est considérablement affaibli ces dernières années. Elles dénoncent la fermeture de 24 stations de mesure fixes entre 2011 et 2025, principalement dans l’ouest du département, là où se concentrent pourtant la majorité des industries et des projets à venir.
Cette réduction du maillage territorial s’accompagne, selon le communiqué, de lacunes techniques majeures. La surveillance des particules fines, et plus encore des particules ultra-fines (PUF) identifiées comme particulièrement nocives pour la santé, resterait très limitée. De plus, des polluants jugés préoccupants comme les PFAS (substances per- et polyfluoroalkylées) ou le cadmium ne feraient l’objet d’aucun suivi spécifique et permanent, laissant les riverains dans une incertitude totale quant à leur exposition réelle.
Le collectif s’interroge également sur la pertinence des études sanitaires officielles menées jusqu’à présent, telles que SCENARI 2, REVELA 13 et BIS. Si ces travaux apportent des connaissances, leurs méthodologies et leurs périmètres sont critiqués. L’étude SCENARI 2, par exemple, n’évaluerait qu’un risque théorique fondé sur les moyennes d’émissions déclarées par les industriels, sans prendre en compte l’état de santé réel des habitants.

Les associations déplorent que des pathologies pourtant reconnues comme potentiellement liées à la pollution de l’air ne soient pas investiguées. Sont notamment cités les maladies neurodégénératives, les cancers de l’appareil respiratoire et du pancréas, ou encore les troubles cardiovasculaires et cognitifs. Elles regrettent aussi l’absence d’une approche globale « Une seule santé » (« One Health »), qui intégrerait les risques de bioaccumulation dans les écosystèmes et l’impact de la pollution sur la biodiversité.

Un appel pressant à la concertation

Face à ce qu’elles qualifient « d’impréparation générale  », les organisations signataires soulignent que leurs sollicitations auprès des autorités sont restées sans réponse, notamment un courrier adressé au préfet de région le 24 mars dernier.
Elles martèlent que les mesures en continu sont indispensables non seulement pour informer le public et les personnes vulnérables, mais aussi pour alimenter les modèles de prévision et la recherche scientifique sur la toxicité des polluants. L’usage de moyennes annuelles est ainsi jugé insuffisant, car il masque les pics de pollution auxquels les populations sont ponctuellement exposées.

Le collectif, qui rassemble entre autres l’Association de défense et de Protection du Golfe de Fos, Agir pour la Crau et NAture et CItoyenneté Crau Camargue Alpilles, réitère donc avec force sa demande : l’organisation d’une réflexion commune associant industriels, autorités, scientifiques et citoyens. L’objectif est de mettre en place un dispositif de surveillance pérenne, à la hauteur des enjeux d’un projet industriel qui se veut « vertueux ».


Gilles Carvoyeur