La région Sud asphyxiée par un cocktail de fumées d’incendies


Politique


31 juillet 2026

AtmoSud alerte sur une dégradation majeure de la qualité de l’air en région Sud, impactée par les fumées des feux du Var, de Gironde et d’Espagne.

La qualité de l’air en région Provence-Alpes-Côte d’Azur est sévèrement dégradée depuis plusieurs jours. En cause, un mélange complexe de panaches de fumée provenant de multiples et puissants feux de forêt, aussi bien locaux que nationaux et même internationaux. L’organisme de surveillance AtmoSud a confirmé ce lundi 27 juillet que la région se trouve actuellement au carrefour de plusieurs courants de pollution, transformant le ciel et l’air en un risque sanitaire pour les habitants.

Un carrefour de pollutions venues du Var, de Gironde et d’Espagne

La situation actuelle est le résultat d’une convergence exceptionnelle de plusieurs sinistres majeurs. Localement, les incendies qui sévissent dans le Var depuis le 19 juillet à Pontevès (4 500 hectares brûlés au 25 juillet) et dans les Hautes-Alpes (500 hectares au 27 juillet) sont les premières sources de pollution.
À ces foyers régionaux s’ajoute l’impact colossal des feux historiques qui ravagent la Gironde. Depuis le 22 juillet, 42 000 hectares y sont partis en fumée, et le panache, poussé par les vents de nord-ouest, a atteint la région Sud dimanche après-midi, comme l’avait anticipé la plateforme nationale PREV’AIR. Enfin, les images satellites de l’organisation EUMETSAT montrent que les Alpes-Maritimes sont également touchées par des fumées remontant d’incendies localisés près de Madrid, en Espagne. La région Sud est ainsi devenue le réceptacle de polluants atmosphériques ayant voyagé sur des centaines, voire des milliers de kilomètres.
Les capteurs d’AtmoSud enregistrent des concentrations de polluants très préoccupantes sur l’ensemble du territoire. Le 25 juillet, à Manosque, les instruments ont mesuré des pointes horaires de particules fines PM10 atteignant 109 microgrammes par mètre cube (µg/m³), un niveau qualifié de « dégradé ». Fait notable, 94 % de ces particules étaient du « black carbon » (carbone suie), caractéristique de la combustion de bois. AtmoSud prévient que cette situation dégradée devrait perdurer jusqu’à mercredi, date à laquelle un changement de régime des vents est attendu, couplé à une reprise de la canicule.

Un enjeu de santé publique et des préconisations claires

Face à cette pollution intense, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES) a émis des recommandations sanitaires strictes. Les fumées d’incendies transportent un cocktail nocif de particules très fines (PM2.5), de monoxyde de carbone et de nombreux gaz irritants qui pénètrent profondément dans le système respiratoire.
Pour l’ensemble de la population, il est conseillé de limiter les déplacements, de garder portes et fenêtres fermées, d’arrêter les systèmes de ventilation (VMC) et d’éviter toute activité physique en extérieur. Pour les personnes vulnérables (enfants, personnes âgées, asthmatiques ou souffrant de pathologies cardio-respiratoires), le port d’un masque filtrant de type FFP2 est recommandé en cas d’exposition directe. En cas de gêne respiratoire, il est impératif de contacter un médecin ou le 15.
Les ingénieurs d’AtmoSud, qui participent activement à un groupe de travail national sur le sujet, soulignent que les feux de végétation deviennent un enjeu majeur pour la qualité de l’air, exacerbé par le changement climatique. L’organisme met à disposition du public des outils pour suivre la situation en temps réel, notamment sa plateforme OpenAirMap et l’application citoyenne SignalAir pour signaler les odeurs de fumée.
Cette crise illustre la nécessité d’intégrer pleinement le risque incendie et ses conséquences sur la qualité de l’air dans les politiques climatiques et sanitaires, alors que la saison 2026 s’annonce déjà comme l’une des plus sévères jamais observées.


Gilles Carvoyeur