8 août 2026
Notre idées sortie du week-end, Hervé Di Rosa à La Malmaison de Cannes
Jusqu’au 8 novembre se déploie à tous les étages de la Malmaison l’image gentiment subversive et hyper colorée que se fait de notre monde Hervé Di Rosa. Depuis ses débuts jusqu’à maintenant, c’est-à-dire cinquante années de peinture, on suit son parcours en s’interrogeant sur les adjectifs les plus appropriés pour qualifier la peinture de cet adepte de la figuration libre.
Depuis ses débuts jusqu’à maintenant, c’est-à-dire cinquante années de peinture, on suit son parcours en s’interrogeant sur les adjectifs les plus appropriés pour qualifier la peinture de cet adepte de la figuration libre.
Avec Robert Combas, Rémi Blanchard et François Boisrond, Di Rosa fonde cette école nourrie d’images populaires en réaction à une scène artistique dominée par l’art conceptuel. Et quelle réaction… À l’époque, nous étions peu habitués à tant d’extravagance, et finalement, elle faisait un bien fou, en apportant beaucoup d’air frais.
Légèreté, fraîcheur, les mots sont faibles parfois. Ces images de BD sans histoire ont fait grimacer dans les débuts, d’autant plus que l’humour et le grotesque sont cultivés sans vergogne. À présent, on ne craint plus de les exposer... même à Cannes. Hervé Di Rosa s’est imposé sur la scène artistique, il ne choque (presque plus) personne.
On verra au fil du parcours, avec pour certains un certain malaise, qu’il s’est un tantinet assagi au fil du temps. L’exposition se divise en chapitres, comme un livre ouvert : premier chapitre, la figuration libre et les années 80 et 90. Chapitre deux : autour du monde. Non content de bousculer les codes, comme on l’aura compris, Hervé Di Rosa cherche à dépasser les frontières de la culture occidentale. À chaque destination correspondra un nouveau geste.
De Sofia à Lisbonne, de Kumasi, au Ghana, il expérimente la peinture sur bois. En Israël, il peint de grands formats à l’aquarelle : paysages, scènes urbaines et objets du quotidien, à travers lesquels il observe davantage les formes du sacré que de les représenter. Il fait des rencontres avec des artistes avec lesquels il se lie, expérimentant des techniques comme celle de la laque apprise au Vietnam, et la résine à Miami.
Si son univers se transforme, il nous surprend en effectuant un tournant inattendu : car voilà que, d’un seul coup, sa peinture se dépouille. Il n’y a plus que la couleur, dans laquelle il maintient la palette cacophonique et bigarrée. Ceci vaut d’être mentionné, car c’est encore Di Rosa, sans l’être tout à fait. À son retour de Miami, il jette un regard neuf sur Paris : il déshumanise, désosse, ne gardant que l’urbanité géométrique des paysages citadins, s’inspirant des œuvres de Paolo Uccello qu’il admire au Louvre.
La dernière étape de l’évolution du peintre est celle d’un adoucissement dans une veine plus intérieure, il puise dans ses souvenirs avec toujours l’invariable désir d’invention. Fraîcheur identique, émerveillement toujours au rendez-vous face à un monde traversé par la violence et les bouleversements.
Marie Lesimple