5 août 2026
Le GIE de Fontvieille et le Conseil national de Monaco en désaccord sur l’avenir du site
Le Groupement d’intérêt économique (GIE) de Fontvieille, qui représente les commerçants de la galerie marchande, a réaffirmé sa position sur l’avenir du centre commercial à la suite du communiqué publié par le Conseil national. Dans un texte adopté par son conseil d’administration, l’organisation dénonce, dans un communiqué du 5 août, également les attaques personnelles visant son président, Philippe Clérissi, qu’elle présente comme le porte-parole des commerçants et non comme le défenseur d’intérêts individuels. Le GIE rappelle que son bureau, composé de dix membres, a été élu à l’unanimité lors de l’assemblée générale du 2 avril dernier et souligne que Philippe Clérissi est reconduit à cette fonction depuis 2005.
Un désaccord sur l’évolution du projet
Au cœur du différend figure l’évolution du projet de modernisation du centre commercial. Selon le GIE, les commerçants n’ont pas modifié leur position, mais c’est le projet porté par les pouvoirs publics qui aurait profondément évolué. L’organisation affirme que le scénario désormais envisagé repose sur une démolition-reconstruction du site, avec une fermeture estimée à au moins trois ans. Elle estime qu’un tel calendrier entraînerait la disparition de plus de trente commerces, à l’exception notamment de Carrefour et de la pharmacie, ainsi que la suppression de plus de 200 emplois. Le GIE rappelle que les premières versions du projet prévoyaient une continuité de l’activité commerciale pendant les travaux ainsi qu’un relogement prioritaire des enseignes au sein du futur centre.
Au-delà des modalités du chantier, le désaccord porte sur le modèle économique retenu. Le GIE s’interroge sur le recours à une foncière privée française pour financer un projet évalué à près de 500 millions d’euros, en contrepartie d’une concession de longue durée. Selon les commerçants, cette configuration pourrait conduire à une hausse des loyers et des charges, avec des conséquences sur la capacité d’installation de nouveaux commerçants monégasques. Ils estiment également que le projet pourrait fragiliser l’équilibre commercial des autres quartiers de la Principauté, notamment celui de la Condamine. Le GIE s’interroge par ailleurs sur la pertinence économique d’un investissement de cette ampleur, compte tenu de l’évolution du commerce de détail et des difficultés rencontrées par le secteur de l’habillement.
Pour étayer son analyse, le groupement souligne les mutations intervenues depuis une dizaine d’années : montée en puissance du commerce en ligne, développement de la fast fashion, difficultés structurelles du prêt-à-porter milieu de gamme et disparition de nombreuses enseignes nationales. Le GIE met également en avant le renforcement de la concurrence régionale avec l’extension de Cap 3000, l’ouverture de Shopping Promenade Riviera et le développement de Nice Valley. Selon lui, les centres commerciaux les plus performants privilégient désormais une offre mêlant commerces, restauration, loisirs et expériences plutôt qu’une simple concentration d’enseignes. Dans ce contexte, il estime qu’un agrandissement significatif du centre commercial de Fontvieille ne correspondrait plus aux évolutions du marché ni au potentiel de la zone de chalandise de Monaco.
Plutôt qu’une reconstruction complète, le GIE défend un projet de rénovation du bâtiment existant. Celui-ci comprendrait notamment l’intégration des surfaces actuellement occupées par les musées et l’Espace Léo Ferré, l’installation de cinémas, le développement de la restauration, l’accueil de nouvelles enseignes ainsi que la modernisation des équipements techniques. Selon l’organisation, cette solution permettrait de maintenir l’activité pendant les travaux, de préserver plus de 200 emplois et de limiter les conséquences économiques sur les autres pôles commerciaux de la Principauté.
Le GIE affirme partager avec le Gouvernement le constat de la nécessité de moderniser le site et indique que les échanges avec l’exécutif se sont récemment intensifiés. En revanche, il estime que le Conseil national demeure favorable à un projet conçu en 2015 sans tenir suffisamment compte des évolutions du secteur.
Le groupement rappelle enfin la mobilisation organisée le 9 février dernier en faveur du maintien des commerces et des emplois, qui avait permis de recueillir plus de 3 300 signatures en quelques jours. Il indique également avoir rencontré, le 31 juillet, le président de l’Union des commerçants et artisans de Monaco (UCAM), Alexandre Pasta, ainsi que des représentants d’autres quartiers commerçants. Selon le GIE, ces échanges ont confirmé un soutien à une restructuration plus mesurée du centre commercial, privilégiant la continuité de l’activité et le maintien d’un contrôle public sur cet équipement. Le GIE de Fontvieille affirme vouloir poursuivre les discussions avec les institutions monégasques afin de parvenir à une solution conciliant modernisation du site, préservation de l’emploi et équilibre commercial de la Principauté.
Valérie Noriega