Transmission d’entreprise : la CCI Nice Côte d’Azur veut accélérer le passage de relais


Economie


10 août 2026

La CCI Nice Côte d’Azur renforce son dispositif d’accompagnement et propose de nombreux événements

Plus d’un tiers des entreprises du département sont potentiellement concernées par une transmission d’ici 2040. Alors que le vieillissement des dirigeants s’accélère, la question n’est plus de mesurer l’ampleur du phénomène, mais de savoir combien d’entreprises trouveront effectivement un repreneur.

Le chiffre grossit d’année en année et fait office de signal d’alarme : en 2025 dans les Alpes-Maritimes, 26 624 entreprises sont potentiellement concernées par une transmission, soit 36 % du tissu entrepreneurial local. C’est l’un des principaux enseignements de l’étude de septembre 2025 consacrée à la transmission d’entreprise dans les Alpes-Maritimes par l’Observatoire économique Sirius de la CCI Nice Côte d’Azur. La CCI estime que plus d’un tiers des entreprises et commerces du département seront concernés par une transmission d’ici 2040. Dans un article publié le 10 juillet 2026, elle fait de la transmission l’une des priorités économiques du territoire et détaille un programme d’accompagnement destiné aux cédants comme aux repreneurs.

Une vague qui concerne d’abord les petites entreprises

Le phénomène est loin de se limiter aux PME structurées ou aux entreprises susceptibles d’intéresser des investisseurs. La majorité des entreprises potentiellement concernées sont de petite taille. Selon l’étude de la CCI, près de neuf entreprises potentiellement à transmettre sur dix comptent moins de six salariés. Les services concentrent à eux seuls 16 445 entreprises dirigées par des personnes âgées de 55 ans ou plus.
Cette réalité donne une dimension particulière au phénomène. Dans une petite entreprise, la valeur repose souvent autant sur la clientèle, les compétences des salariés, les relations commerciales et le savoir-faire du dirigeant que sur les actifs inscrits au bilan. La disparition du chef d’entreprise peut donc rapidement devenir celle de l’entreprise elle-même si aucun repreneur n’est identifié. À l’inverse, une transmission réussie permet de conserver une activité économique existante, ses emplois et son ancrage territorial, tout en offrant au repreneur une base à partir de laquelle développer son propre projet.

Anticiper avant de chercher un repreneur

La principale difficulté tient précisément au calendrier. La retraite du dirigeant constitue souvent le déclencheur de la réflexion. Mais une cession ne se prépare pas en quelques mois. Valorisation de l’entreprise, organisation juridique, situation financière, dépendance à certains clients, rôle du dirigeant dans l’activité, organisation des équipes ou encore recherche de financement doivent être examinés suffisamment tôt. La CCI Nice Côte d’Azur insiste d’ailleurs sur quatre étapes : anticiper, auditer, financer et sécuriser. Son dispositif d’accompagnement vise aussi bien les dirigeants qui préparent leur sortie que les entrepreneurs à la recherche d’une entreprise à reprendre.
L’enjeu est d’autant plus important que la transmission constitue généralement une opération exceptionnelle dans la vie d’un dirigeant. Pour le cédant comme pour le repreneur, il s’agit souvent d’une première opération de cette nature.

Le repreneur, maillon faible de l’équation ?

Le vieillissement des dirigeants permet de mesurer le nombre potentiel d’entreprises à transmettre. Il ne dit en revanche rien de la capacité du territoire à trouver les repreneurs. Or le profil d’une petite entreprise peut rendre la recherche particulièrement délicate. Le candidat doit pouvoir financer l’acquisition, comprendre le métier, prendre en main les équipes et, dans de nombreux cas, succéder directement au dirigeant dans la relation avec les clients et les fournisseurs. La reprise peut pourtant constituer une alternative à la création ex nihilo. Elle permet à un entrepreneur de s’appuyer sur une activité existante, une clientèle et un historique financier.
La bourse de cession-reprise de la CCI Nice Côte d’Azur donne un aperçu concret de cette offre. Plusieurs entreprises actuellement proposées à la reprise vont d’une société de charpente-couverture-zinguerie à une activité de restauration ou de mobilier urbain. Certaines sont cédées à l’occasion du départ à la retraite de leur dirigeant.
Ces annonces montrent aussi la diversité du marché : il ne s’agit pas uniquement de rechercher des entreprises fortement capitalisées. Certaines opérations concernent des structures réalisant quelques centaines de milliers d’euros de chiffre d’affaires et employant moins d’une dizaine de personnes.

Un enjeu qui dépasse le patrimoine des dirigeants

La transmission est donc aussi une question d’emploi et d’aménagement économique du territoire. Dans son étude, la CCI relève notamment une forte concentration des emplois concernés dans certains secteurs. Dans l’industrie, le taux de dépendance de l’emploi aux entreprises dirigées par des personnes de 55 ans ou plus atteint 76 %. Il s’élève à 82 % dans la finance-assurance.
Le phénomène est également marqué dans les principaux bassins économiques du département. La Métropole Nice Côte d’Azur et la Communauté d’agglomération Sophia Antipolis concentrent une part importante des emplois concernés.
Pour les collectivités et les acteurs économiques locaux, l’enjeu est donc double : éviter la disparition d’entreprises faute de successeur et favoriser la reprise par des entrepreneurs susceptibles de maintenir, voire de renforcer, leur implantation locale. La CCI souligne d’ailleurs dans son dossier consacré à la transmission le risque de voir certaines entreprises locales rachetées par des groupes extérieurs, avec pour conséquence une perte potentielle de centres de décision locaux.

La fiscalité, un élément du calendrier

Pour les dirigeants proches de la retraite, la fiscalité constitue également un paramètre important dans la préparation de la cession. Le dispositif d’abattement fixe de 500 000 euros sur la plus-value, applicable sous certaines conditions aux dirigeants de PME cédant leurs titres à l’occasion de leur départ à la retraite, a été prolongé jusqu’au 31 décembre 2031. Les conditions d’application restent toutefois précises et doivent être examinées au regard de la situation de chaque cédant. Cette visibilité fiscale peut faciliter la planification d’une opération, mais elle ne résout pas la question essentielle : trouver un acquéreur et organiser la transmission dans de bonnes conditions. Autrement dit, le calendrier fiscal n’a rien à voir avec le calendrier de la transmission. L’anticipation patrimoniale, juridique et financière doit commencer bien avant la date effective de cession.

Un dispositif renforcé pour accompagner les transmissions

Après avoir documenté l’ampleur du phénomène en 2025, les acteurs économiques azuréens cherchent désormais à accélérer les mises en relation. La CCI Nice Côte d’Azur a ainsi programmé plusieurs rendez-vous consacrés à la transmission au second semestre 2026 : une conférence consacrée à l’anticipation de la cession le 14 septembre, les Rendez-vous Experts de la Transmission le 6 octobre, puis la Journée Transmission le 12 octobre. Le Business Transfer Forum, consacré à la rencontre entre cédants et repreneurs, est annoncé le 10 novembre 2026.Le calendrier complet est disponible sur le site de la CCI.
Ce dernier rendez-vous n’est pas nouveau : organisé depuis 2024, le Business Transfer Forum cherche précisément à rapprocher l’offre et la demande de reprise dans les Alpes-Maritimes.

Le passage de l’alerte à l’action est engagé depuis plusieurs mois. Reste à savoir si les dispositifs d’accompagnement et la mobilisation des repreneurs seront à la hauteur du nombre d’entreprises appelées à changer de mains. Car derrière la question de la transmission du patrimoine des dirigeants se joue un enjeu plus large, en France comme dans les Alpes-Maritimes : préserver le tissu productif, les emplois et les savoir-faire au moment où une génération entière de chefs d’entreprise s’apprête à passer le relais.


Valérie Noriega