12 août 2026
Les effets des canicules les effets se font particulièrement sentir sur les écosystèmes marins
Un record de 29,87 °C a été enregistré au large de Villefranche-sur-Mer. Une chaleur exceptionnelle dont les effets commencent à se faire sentir sur les écosystèmes et les activités humaines.
« Extrêmement chaude. » Frédéric Gazeau, directeur de recherche au CNRS et directeur du Laboratoire d’Océanographie de Villefranche (LOV), ne cherche pas à minimiser la situation. Le 9 août à 16 h 30, la bouée EOL (Environnement Observable Littoral), située à l’entrée de la rade, a enregistré 29,87 °C en surface.
Un record pour cette station.
À Villefranche, les scientifiques disposent de mesures précises depuis 1995 et, depuis 2015, la température est relevée toutes les trente minutes. Le précédent record datait de 2024. Au 12 août, la canicule marine durait depuis 29 jours et la température se situait encore 2,7 °C au-dessus de la normale.
Cette situation s’inscrit dans une tendance de fond. Depuis 1995, le réchauffement atteint environ 0,3 °C par décennie. Mais il est beaucoup plus marqué en été. « On est à peu près à 0,9 degré d’augmentation par décennie au mois de juillet », précise Frédéric Gazeau. En trente ans, la hausse atteint ainsi environ 3 °C en juillet-août.
Cette année, l’absence de coups de vent contribue à maintenir la chaleur en surface. En 2025, un épisode venteux avait permis de mélanger la colonne d’eau et de faire remonter des eaux profondes, à 14 ou 15 °C, limitant la hausse des températures.
Les effets sont déjà perceptibles. Les poissons peuvent chercher des eaux plus fraîches et mieux oxygénées en profondeur. Les organismes fixés au fond, eux, ne peuvent pas s’échapper. Gorgones et coraux peuvent notamment subir des nécroses. Frédéric Gazeau se montre également inquiet pour les herbiers de posidonie, qu’il observe « très jaunis » dès la mi-août, alors que la sénescence des feuilles intervient habituellement à l’automne. Or ces herbiers constituent un refuge pour de nombreuses espèces et leur fournissent de l’oxygène.
La composition de la faune évolue aussi. Des espèces venues notamment de mer Rouge, comme le poisson-lion ou le poisson-lapin, progressent vers la Méditerranée occidentale. Certaines espèces locales, moins tolérantes à la hausse des températures, pourraient à terme disparaître et être remplacées par d’autres.
Les répercussions concernent aussi les activités humaines. Pour les pêcheurs, des poissons qui gagnent le large et la profondeur deviennent plus difficiles à atteindre en été. La conchyliculture est également exposée. Une expérience menée pendant un an et demi par le laboratoire, combinant augmentation de la température et diminution du pH, a montré que les moules méditerranéennes cultivées pourraient disparaître d’ici 2050.
Le tourisme n’est pas épargné. Une eau très chaude rafraîchit moins et peut devenir plus turbide (trouble NDLR), avec notamment une visibilité réduite pour les plongeurs. La chaleur accumulée par la mer pendant l’été est également susceptible d’être restituée à l’automne et d’alimenter des épisodes méditerranéens.
L’enjeu est d’autant plus important que le réchauffement n’agit pas seul. Acidification, diminution de l’oxygène, pollutions et surpêche exercent simultanément une pression sur les océans. Face à des changements aussi rapides, la capacité d’adaptation des écosystèmes pourrait ne pas suffire.
« Il est fort probable que la biologie n’arrive pas à suivre », prévient Frédéric Gazeau.
Manon Laniel