25 août 2026
Six nouveaux lauréats de l’appel à projets « CORIMER Navire Bas Carbone » ont été sélectionnés
Propulsion vélique, ammoniac, nettoyage autonome des coques, électrification des navires de service ou encore biométhane : six nouveaux projets viennent de recevoir le soutien de France 2030 dans le cadre de l’appel à projets « CORIMER Navire Bas-Carbone ». Avec 21,4 millions d’euros d’aides publiques, l’État entend accélérer l’émergence d’une filière maritime française capable de répondre au défi de la décarbonation.
À l’occasion de la deuxième relève de l’appel à projets « CORIMER Navire Bas-Carbone », l’État a annoncé le soutien à six nouveaux projets innovants, pour un montant total de 21,4 millions d’euros.
Porté par le Conseil d’Orientation pour la Recherche et l’Innovation des Industriels de la Mer (CORIMER) et piloté par le Secrétariat général pour l’investissement (SGPI), le dispositif vise à faire émerger des technologies capables de réduire rapidement les émissions du transport maritime, tout en développant en France les capacités industrielles nécessaires à leur déploiement.
Sur les 17 candidatures reçues, six ont été retenues. Elles couvrent plusieurs approches complémentaires : propulsion par le vent, systèmes énergétiques multi-sources, réduction de la consommation grâce à la lutte contre le biofouling, transport de passagers sans énergie fossile, électrification des activités portuaires et motorisation au biométhane.
Depuis le lancement de l’appel à projets, neuf projets ont désormais été sélectionnés, pour 28,2 millions d’euros de soutien cumulé.
Premier projet distingué, GDS 3, porté par Grain de Sail Shipping en partenariat avec les Chantiers de l’Atlantique, s’attaque directement à l’un des principaux défis du transport de marchandises : réduire drastiquement les émissions des navires porte-conteneurs. Le projet prévoit la conception, la construction et l’exploitation d’un démonstrateur de porte-conteneurs à propulsion vélique principale. Implanté en Bretagne, GDS 3 doit permettre de tester à grande échelle un navire dont la navigation repose prioritairement sur l’énergie du vent.
L’ambition dépasse toutefois le seul démonstrateur. En associant Grain de Sail Shipping et les Chantiers de l’Atlantique, le projet vise à contribuer à la constitution d’une véritable filière industrielle française de la propulsion vélique pour le transport de marchandises, avec des navires susceptibles d’être compétitifs et exportables.
Autre projet breton, EO3 est porté par Energy Observer avec EO Concept. Il s’inscrit dans la continuité des travaux menés depuis plusieurs années par Energy Observer autour des nouvelles énergies maritimes. Le projet prévoit de développer et d’exploiter un navire laboratoire destiné à tester une chaîne énergétique intégrée associant plusieurs sources d’énergie bas-carbone à bord d’un même navire, avec notamment l’ammoniac. L’objectif est de passer du laboratoire aux conditions réelles d’exploitation. EO3 doit ainsi permettre de confronter différentes technologies aux contraintes concrètes de la navigation et de faire émerger les briques technologiques susceptibles d’équiper les navires bas-carbone de prochaine génération.
La décarbonation passe aussi par des solutions moins spectaculaires mais potentiellement très efficaces. C’est le pari de Searenity, porté par Subsea Tech avec Naval Group, l’ENSTA, l’Université de Bretagne Sud et CMA CGM. Le projet vise à développer un drone sous-marin autonome et modulaire capable de nettoyer régulièrement les coques des navires afin d’éliminer le biofouling, c’est-à-dire les organismes et salissures qui se développent sur les surfaces immergées.
Cette couche biologique augmente la résistance à l’avancement du navire et, par conséquent, sa consommation de carburant. En permettant un nettoyage précoce et fréquent, Searenity entend donc agir directement sur l’efficacité énergétique des navires. Le projet associe un armateur, un industriel de la défense et des établissements d’enseignement supérieur, avec l’objectif de développer une solution susceptible d’être déployée à grande échelle sur les flottes commerciales.
Avec Corsica Favorite 2025, la décarbonation s’attaque cette fois au transport de passagers. Porté par la coopérative Sailcoop et implanté en Nouvelle-Aquitaine, le projet prévoit la conception, la construction et l’exploitation d’un navire à passagers zéro énergie fossile. Sa vocation est particulièrement concrète : assurer des liaisons entre le continent et la Corse tout en réduisant d’au moins 80 % les émissions de CO2 par passager.
Le projet entend ainsi démontrer qu’une alternative bas-carbone peut être développée sur des liaisons maritimes structurantes, tout en répondant aux enjeux de continuité territoriale. Il constitue également un terrain d’expérimentation pour une décarbonation plus large du transport maritime de passagers.
Dans les grands ports, la transition énergétique ne concerne pas uniquement les navires de commerce. Les nombreuses embarcations de service qui interviennent quotidiennement dans les zones portuaires doivent elles aussi réduire leurs émissions. C’est l’objectif de Vectra, projet porté par le Syndicat professionnel des pilotes des ports de Marseille et du golfe de Fos, avec Mauric et Alternatives Énergies. Le projet prévoit de développer une Vedette Électrique de Travail RApide, ou Vectra, destinée notamment aux opérations de pilotage des navires à l’entrée des grands ports.
L’originalité du projet réside notamment dans l’implication directe des pilotes maritimes dans la conception de leur futur outil de travail. L’objectif est de parvenir à un modèle électrique suffisamment performant pour être décliné en série et contribuer à l’électrification d’une flotte de service indispensable au fonctionnement des ports français.
Le sixième projet, Biomogas, explore une autre voie : celle du biométhane. Porté par Sapaic Industries en partenariat avec FEV, en Auvergne-Rhône-Alpes, il prévoit le développement d’un moteur V12 de 1 000 kW fonctionnant au biométhane.
L’enjeu est de proposer une solution pour les applications maritimes nécessitant une motorisation importante, là où l’électrification directe peut être plus difficile à mettre en œuvre. Le financement accordé dans le cadre de France 2030 doit notamment permettre de réaliser les essais du moteur et de développer sa carte électronique. Le projet entend ainsi ouvrir une voie complémentaire aux solutions électriques et aux carburants de synthèse, en s’appuyant sur une ressource renouvelable disponible sur le territoire français.
L’État cherche à agir sur plusieurs maillons de la chaîne maritime. Certains s’attaquent directement à la propulsion, comme GDS 3 ou Biomogas ; d’autres cherchent à optimiser l’efficacité énergétique des navires, à l’image de Searenity ; EO3 travaille sur les systèmes énergétiques du futur tandis que Corsica Favorite 2025 et Vectra s’intéressent à des usages maritimes spécifiques. Cette diversité traduit une conviction : il n’existera pas une solution unique pour décarboner le transport maritime. Les technologies devront être adaptées aux types de navires, aux distances parcourues, aux infrastructures disponibles et aux usages.
Le dispositif France 2030 doit favoriser le développement et la première industrialisation de technologies conçues et produites en France, structurer une chaîne de valeur nationale et renforcer la souveraineté technologique de la filière.
Avec 54 milliards d’euros mobilisés au total par France 2030, le plan d’investissement entend soutenir les innovations depuis la recherche jusqu’à leur industrialisation. Dans le maritime, les 21,4 millions d’euros attribués aux six nouveaux projets constituent ainsi un nouveau jalon dans la constitution d’un écosystème français des technologies navales bas-carbone.
Pour le gouvernement, l’enjeu est désormais de transformer ces démonstrateurs et technologies en solutions industrielles déployables. Car derrière la décarbonation du transport maritime se joue aussi une bataille de compétitivité : celle de la capacité de l’industrie française à concevoir, produire et exporter les navires et équipements qui accompagneront la transition énergétique du secteur maritime mondial.
Valérie Noriega