28 août 2026
L’assemblée annuelle de la World Association of Detectives se tiendra pour la première fois en France à Cannes
Plus de 250 professionnels sont attendus à Cannes début septembre pour le rendez-vous annuel de la World Association of Detectives. Au cœur des discussions : l’intelligence artificielle, l’OSINT et les nouvelles frontières de l’enquête privée.
Du 1er au 5 septembre, la ville accueille les rencontres internationales de la World Association of Detectives (WAD). Créée en 1925, l’organisation réunit aujourd’hui plus de 1 000 membres dans 80 pays. Plus de 250 participants sont annoncés sur la Côte d’Azur. Le 2 septembre, le Syndicat national des agents de recherches privées (SNARP) profitera de ce rendez-vous pour réunir professionnels du secteur, représentants institutionnels et organisations professionnelles.
C’est l’un des enjeux qui devraient dominer les échanges. Les outils numériques ont profondément modifié le travail des enquêteurs. Une partie des informations recherchées autrefois sur le terrain peut désormais être trouvée en ligne, à travers des sources ouvertes, les réseaux sociaux ou des bases de données. L’OSINT, pour « renseignement d’origine sources ouvertes », s’est ainsi imposé dans de nombreux secteurs. L’intelligence artificielle offre, elle aussi, de nouvelles capacités de recherche, de tri et d’analyse. Mais cette facilité d’accès pose une question juridique et éthique : le fait qu’une information soit accessible signifie-t-il pour autant que n’importe qui peut la rechercher, la recouper et l’exploiter ?
C’est précisément sur cette frontière que le SNARP entend attirer l’attention.
Pour le syndicat, certaines activités désormais présentées comme du conseil, de l’analyse ou de la recherche numérique peuvent, dans les faits, s’apparenter à des démarches d’investigation. Or les agents de recherches privées exercent dans un cadre réglementé et soumis à des obligations professionnelles. « Nous ne pouvons pas imposer toujours davantage d’exigences aux professionnels réglementés tout en laissant se développer, à leurs côtés, des activités d’investigation échappant aux mêmes règles », estime la présidente du SNARP.
Derrière les débats technologiques se joue donc aussi une question plus ancienne : qui a le droit d’enquêter ? Lors de son assemblée générale, le SNARP doit notamment faire le bilan de ses actions menées en 2025 et définir ses priorités pour les prochains mois. Parmi elles figurent la lutte contre l’exercice illégal, la défense du périmètre de la profession et le dialogue avec les autorités de tutelle.
L’organisation souhaite également poursuivre la structuration de la branche professionnelle et développer les services proposés à ses adhérents. Les tables rondes de l’après-midi permettront de confronter ces préoccupations aux évolutions réglementaires et aux pratiques nouvelles de l’enquête.
La journée réunira également des représentants annoncés du ministère de l’Intérieur et de la DEPSA, ainsi que des responsables d’organisations professionnelles. La présence de ces interlocuteurs donne une dimension institutionnelle à un débat qui pourrait devenir de plus en plus sensible. Car les mêmes outils numériques peuvent être utilisés par un enquêteur professionnel, une entreprise, un journaliste, un particulier ou encore un prestataire spécialisé dans l’analyse de données, avec des finalités et des obligations qui ne sont pas nécessairement identiques. Pour le SNARP, le développement de ces nouvelles pratiques impose donc de clarifier les règles plutôt que de laisser s’installer une zone grise.
La tenue de l’assemblée annuelle de la World Association of Detectives à Cannes constitue par ailleurs une première depuis la création de l’organisation : l’événement international se déroule pour la première fois en France. Les représentants de la WAD participeront aux travaux organisés par le SNARP le 2 septembre. La journée doit se terminer par un cocktail réunissant les participants des deux organisations, avec le soutien de l’ESARP. Pendant quelques jours, Cannes sera ainsi au centre d’un secteur discret mais confronté à une transformation très visible : celle d’une enquête qui ne se déroule plus seulement dans la rue, mais aussi derrière les écrans.
Valérie Noriega