4 septembre 2026
Sciences Po Menton accueillait François de Canson, vice-président de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur
Face aux 565 étudiants de la nouvelle promotion de Sciences Po Menton, François de Canson a appelé à faire du discernement une boussole morale.
C’est une rentrée au cœur des tumultes du monde qu’ont vécue, vendredi 4 septembre 2026, les étudiants du campus de Sciences Po à Menton. Spécialisé dans l’étude de la Méditerranée et du Moyen-Orient, l’établissement accueillait François de Canson, vice-président de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur, pour une leçon inaugurale aux accents géopolitiques et philosophiques. Devant une promotion cosmopolite de 565 étudiants issus de 73 nationalités, il a dressé le portrait d’une époque de fractures, appelant la jeunesse à un sursaut intellectuel et moral.
Ancrant son propos dans le paysage mentonnais, à la couture de la France et de l’Italie, François de Canson a filé la métaphore de la Méditerranée, la décrivant non comme une simple géographie mais comme un « espace politique et moral » où se concentrent les défis contemporains. « La Méditerranée est une blessure et une promesse », a-t-il affirmé. Une blessure, car elle « porte la mémoire des guerres, des naufrages, des persécutions et des divisions religieuses ». Une promesse, car elle demeure ce carrefour où « l’humanité a le plus échangé, créé, pensé et transmis ». Pour l’élu régional, cette mer miroir reflète aujourd’hui toutes les tensions du 21ème siècle : guerres, terrorisme, dérèglement climatique, rivalités de puissances et fractures identitaires.
Loin de la considérer comme une simple bordure méridionale, François de Canson a insisté sur son rôle central pour le destin du continent. « L’Europe commettrait une faute historique si elle considérait la Méditerranée comme sa périphérie. La Méditerranée n’est pas le Sud de l’Europe. Elle est l’un des lieux où l’Europe rencontre le monde », a-t-il martelé, évoquant l’Afrique, le Moyen-Orient et les routes vers l’Asie. Il a souligné la position singulière de la Région Sud, « aux avant-postes » de ces enjeux démographiques, énergétiques et stratégiques. Cette triple appartenance – française, européenne et méditerranéenne – crée selon lui une obligation : « Ne jamais accepter que la Méditerranée devienne seulement la frontière de nos peurs ».
S’adressant directement à la jeunesse, François de Canson a qualifié la diversité de la promotion de « presque un manifeste », notant la présence côte à côte d’étudiants israéliens et palestiniens. Il a opposé l’idéal déçu d’un monde ouvert à la dure réalité actuelle. « On avait promis à votre génération un monde sans frontières. Vous découvrez un monde de murs », a-t-il constaté. Face à la tentation de « simplifier ce qui est complexe jusqu’à le rendre haïssable », il a défini la mission principale des futurs diplômés. « Votre responsabilité intellectuelle commence là. Refuser que la haine nous dispense de penser », a-t-il lancé. Il a alors appelé à cultiver une qualité « plus précieuse encore que le savoir : le discernement ». À l’heure de l’intelligence artificielle, capable de fournir l’information en quelques secondes, la responsabilité morale de distinguer « le fait de la manipulation, la connaissance de la propagande, la conviction du fanatisme » incombe plus que jamais à l’humain. Cette lucidité, a-t-il conclu, doit s’appuyer sur des principes non négociables comme « la dignité humaine, la liberté, le refus du racisme, le refus de l’antisémitisme, le refus du terrorisme », socles qui rendent le dialogue possible. L’Histoire, a-t-il rappelé, « n’est jamais définitivement écrite », laissant aux nouvelles générations la charge de « refaire les coutures » d’un monde déchiré.
Gilles Carvoyeur