Paul Rebeyrolle, volontairement engagé


Culture


5 septembre 2026

Aimé Maeght avait intégré le peintre et sculpteur à son ‘écurie’ d’artistes dès 1960

Les relations qu’entretenaient Paul Rebeyrolle et la famille Maeght étaient étroites.
Aimé Maeght avait intégré le peintre et sculpteur à son ‘écurie’ d’artistes dès 1960.

La Fondation de Saint-Paul-de-Vence présente régulièrement ses œuvres qu’elle conserve dans ses réserves. C’est donc l’un des artistes phare de la galerie. Sa dernière exposition saint-pauloise, en l’année 2 000, réunissait soixante formats monumentaux. Elle produisit une forte impression sur un public surpris de voir traduit de manière si féroce une critique du capitalisme sauvage : Rebeyrolle dénonce en particulier un monde soumis au monétarisme, affirmant sans détours que nous en sommes tous les esclaves.
Né dans une région modeste, à Eymoutiers en Haute-Vienne, en bordure du rafraîchissant plateau des Mille Vaches où l’on peut apprécier un séjour aussi calme que stimulant par un été caniculaire, l’artiste dispose dans son village d’un lieu d’exposition taillé sur mesure.

L’Espace Paul-Rebeyrolle, surgi des forêts profondes, est un bâtiment ‘moderne’ entouré de statues géantes qui, comme des sentinelles, semblent vous avertir du choc artistique et émotionnel qui vous attend lors de la visite.
Les dimensions généreuses du lieu et les espaces intérieurs donnent leur pleine mesure aux œuvres exposées. En particulier à la peinture sur bois longue de plus de 14 mètres sur 4,20 de large, dite « Planchemouton », qui accueille les visiteurs dès l’entrée. Elle est la propriété de la ville d’Eymoutiers à la suite d’un don de Paul et Papou Rebeyrolle. Elle manifeste on ne peut plus clairement la parfaite maîtrise des formats gigantesques, et de couleurs tirées d’une palette très fraîche : verts tendres, ocres lumineux et blancs éclatants. Ce chef-d’œuvre, qui est aussi le tableau le plus monumental de Rebeyrolle, avait fait sensation lors de sa présentation à la Biennale de Paris en 1959.
L’Espace est assez peu ordinaire, comporte des volumes assez vastes pour pouvoir exposer un tel géant. Le centre d’art conserve également 80 œuvres dans ses réserves, peintures et sculptures comprises. Pas très loin, le Cyclope ne figurait pas dans l’exposition chez Maeght avec ses 5,30 mètres de haut sur 5 mètres de large pour la simple raison qu’il a été conçu et installé pour ne plus jamais bouger des cimaises de cet espace. Il incarne à lui seul la fidélité à sa terre natale, autant qu’un engagement politique viscéral, dans cette région volontiers réfractaire à l’autorité.
Il faut d’ailleurs savoir qu’il rend hommage au premier maquisard de France, Georges Guingouin, surnommé « le loup du maquis », qui a réussi à lever et structurer une armée de 10 000 hommes pour libérer Limoges. Guingouin était un ami proche de Rebeyrolle. La toile lourde, sombre et terreuse, intègre des éléments bruts liés à la vie des maquisards. Sa composition en diagonale l’installe dans un équilibre précaire, elle saisit le moment précis où Guingouin sort des entrailles de la terre pour terrasser l’ennemi et anéantir les symboles du nazisme et de la collaboration.

C’est une œuvre d’une valeur universelle qui rappelle qu’on ne doit jamais baisser les bras face à l’oppression. Puissante illustration picturale de l’indignation créatrice.


Jean-Michel Chevalier