9 septembre 2026
Passionnément TNN a célébré lundi 7 septembre ses dix ans d’engagement aux côtés du TNN
À Nice, le Fonds de Dotation Passionnément TNN a célébré lundi 7 septembre ses dix ans d’engagement aux côtés du Théâtre National de Nice. Une décennie placée sous le signe de la transmission, de l’accès à la culture et d’un principe fondateur : faire sortir le théâtre de ses murs pour aller à la rencontre de celles et ceux qui en sont le plus éloignés.
Beaucoup de monde lundi soir à la Salle des Franciscains de Nice : pour ses dix ans, le Fonds de Dotation Passionnément TNN avait réuni donateurs, mécènes, partenaires et équipes du Théâtre National de Nice autour d’une soirée à la fois festive et rétrospective. Au programme : une édition exceptionnelle des Procès des grands personnages, consacrée à Picsou, puis les discours de Benjamin Mondou, président du Fonds, et de Muriel Mayette-Holtz, directrice du TNN, avant un cocktail dînatoire.
Dans son discours, Benjamin Mondou est revenu sur l’intuition qui a présidé à la création du Fonds : « Il y a dix ans, j’ai eu une idée folle : réunir des hommes et des femmes, des entrepreneurs, des amis, des amoureux du monde et de la culture autour de notre Théâtre National de Nice. » Derrière cette « idée folle », une conviction qui n’a, elle, rien perdu de sa netteté : « La culture doit appartenir à tout le monde. Elle doit sortir des murs du théâtre, aller vers les enfants, les jeunes, les personnes âgées et les malades. »
En dix ans, cette ambition s’est traduite par une multiplication d’actions hors les murs : interventions dans les écoles, collèges et lycées, spectacles dans les hôpitaux et maisons de retraite, rencontres avec des associations, actions en milieu carcéral, festivals et événements participatifs. « Nous avons soutenu des artistes, accompagné des projets, et surtout nous avons permis à des milliers de personnes de découvrir le théâtre et la culture », a rappelé le président du Fonds.
L’enjeu est aussi de créer du lien là où celui-ci s’est fragilisé. Benjamin Mondou cite notamment les invitations faites à des jeunes de l’École 42, à des classes sportives ou encore à des bénévoles des Restos du Cœur. Le Fonds accueille également des personnes ayant perdu leur emploi, avec l’idée de leur permettre de retrouver « du lien, de la confiance en eux ».
Cette logique explique une particularité de Passionnément TNN : il n’existe pas véritablement de périmètre géographique à ses interventions. « Il n’y a pas de périmètre. C’est là où les gens nous demandent », explique Benjamin Mondou. Écoles, centres, hôpitaux, collèges : dès lors qu’une structure sollicite le Fonds, sa réponse se veut autant que possible positive.
Le bilan présenté lors de la soirée donne la mesure de cette politique. Selon Benjamin Mondou, le Fonds accompagne aujourd’hui « 40, 50 spectacles par an » hors du théâtre. Des Contes d’apéro aux Procès des grands personnages, en passant par les festivals de Tragédies et de Magie, l’objectif reste le même : déplacer le théâtre vers les publics plutôt que d’attendre que tous puissent franchir ses portes. Le Fonds revendique aujourd’hui environ 300 mécènes par an, contre un noyau initial d’environ 150. Mais, pour son président, les chiffres ne racontent qu’une partie de l’histoire. « Le mécénat n’est pas seulement une question d’argent, c’est une manière de partager, de transmettre et de rendre possible ce qui, sans vous, ne le serait pas. »
Parmi les souvenirs qui ont marqué ces dix années, Benjamin Mondou raconte une représentation au Centre Hélio-Marin, auprès de personnes accidentées de la vie. Un jeune homme, amputé des deux jambes, avait d’abord quitté la salle avant le début du spectacle. Benjamin Mondou est allé le chercher. À l’issue de la représentation, le jeune homme lui aurait confié : « J’ai 20 ans, je viens d’une amputation des deux jambes et j’ai du mal à croiser le regard des valides. […] Mais grâce à vous, j’ai passé une heure à vivre. »
Pour le président du Fonds, ce souvenir résume peut-être mieux que n’importe quel bilan son utilité : « Donc ça, c’est les choses dont je vous dis : on est utiles. On sert à quelque chose. »
Cette notion d’utilité a traversé également le discours de Muriel Mayette-Holtz. Avec humour, la directrice du TNN a choisi de remercier les mécènes non seulement pour les spectacles qu’ils contribuent à rendre possibles, mais pour tout ce qui les précède et ne se voit pas. « Merci d’avoir cru en nous, et surtout d’avoir cru en nous parfois même avant de comprendre exactement ce que nous voulions faire », a-t-elle lancé. Au théâtre, rappelle-t-elle, ce que les artistes appellent une « vision artistique » pourrait ailleurs être qualifié de « prise de risque ».Elle a insisté sur ce que le mécénat permet de financer : le temps de recherche, les essais, les répétitions, les hésitations. « Merci d’avoir financé l’invisible. […] Vous avez accepté de financer ce temps invisible, sans lequel rien de visible ne serait possible. » « Ça paraît parfaitement inutile, pourtant depuis 3000 ans, les hommes continuent de se réunir dans le noir pour écouter quelqu’un leur raconter une histoire. Il faut croire que c’est inutile et terriblement nécessaire. »
Pour Muriel Mayette-Holtz, Passionnément TNN a également joué un rôle particulier dans les années difficiles traversées par le théâtre, notamment pendant et après la crise sanitaire. Arrivée à la direction du TNN il y a sept ans, elle décrit le Fonds comme « une sorte de colonne vertébrale », qui a permis au théâtre de continuer à exister alors qu’il avait perdu son lieu et traversait une période économiquement fragile. « Grâce à Passionnément TNN, on a fait beaucoup de choses gratuites dehors, et on a existé, même dans l’inconscient des gens, alors qu’on n’avait plus de lieu », a-t-elle expliqué. Une stratégie qui, selon elle, porte aujourd’hui ses fruits : malgré les épreuves, les salles sont pleines. Le TNN figure, affirme-t-elle, parmi les scènes nationales les plus dynamiques du pays en matière de fréquentation.
La logique est aussi pédagogique. Les Procès des grands personnages, dont l’édition anniversaire mettait Picsou à la barre, ne sont pas seulement conçus comme des spectacles divertissants. Ils doivent permettre de rendre accessibles des œuvres et des personnages parfois intimidants, en les abordant par le jeu, le débat et la participation du public.
Les dix prochaines années s’annoncent dans la continuité de cette philosophie. Les Contes d’apéro, les conversations intimes, le Festival de Tragédies, le Festival de Magie et les Procès des grands personnages doivent se poursuivre. Le Fonds entend également développer les rendez-vous autour de la poésie. Des soirées de slam ont été lancées l’été dernier, avec une forte participation locale : « On avait énormément de textes. On a eu 70 textes de gens d’ici, parce que les gens ont envie de participer », raconte Benjamin Mondou.
Autre projet appelé à prendre de l’ampleur : Lettre à…, dont la huitième édition doit réunir environ 800 jeunes. Après des lettres adressées au père, à soi-même ou encore au corps, le thème choisi cette année sera « Lettre à ma mère », avec Delphine de Vigan comme marraine. Une manière, là encore, d’utiliser l’écriture et la fiction comme portes d’entrée vers l’expression personnelle.
Une nouvelle branche de l’école du Cours Florent doit par ailleurs s’installer à Nice, ouvrant la voie à de nouvelles actions de formation.
Au terme de la soirée, les deux discours se rejoignent sur un même constat : derrière le mécénat, il y a moins une relation financière qu’une relation de confiance. Muriel Mayette-Holtz le résume avec une formule qui pourrait servir de manifeste à cette décennie : « Vous nous avez donné de l’argent, bien sûr, mais vous nous avez surtout donné quelque chose de beaucoup plus précieux, les moyens déraisonnables de nos ambitions. » Benjamin Mondou, lui, parle des rencontres. Des enfants, des personnes âgées, des malades, des détenus, des artistes, des spectateurs rencontrés au fil des années. « Derrière nos métiers, nos entreprises, nos fonctions, nos responsabilités, nous sommes avant tout des êtres humains. Et ce qui restera de ces années, ce sont les rencontres. Les mains que nous avons tendues, les sourires que nous avons provoqués, les émotions que nous avons partagées et l’amitié qui s’est créée. »
« Je veux que cette soirée soit le début des dix prochaines années », déclarait Benjamin Mondou. Et de conclure son discours par une citation d’Albert Camus : « La vraie générosité envers l’avenir consiste à tout donner au présent. »
Une phrase qui trouve un écho particulier dans la dernière formule de Muriel Mayette-Holtz : après dix années de spectacles, de prises de risque, de rencontres et de « folies », Passionnément TNN serait finalement « une forme extrêmement élégante d’obstination ».
Valérie Noriega