10 septembre 2026
Cannes veut faire de son territoire un pôle de production audiovisuelle à part entière
La saison 4 de The White Lotus, la saison 6 d’Emily in Paris et le long métrage La Fête est finie sont en tournage actuellement à Cannes. Au-delà de la visibilité qu’ils procurent à la ville, ces projets illustrent la stratégie menée depuis plusieurs années par la municipalité pour faire du territoire un pôle de production audiovisuelle à part entière.
La dynamique se mesure d’abord en volume. Cannes a enregistré 419 jours de tournage en 2025, hors activités des studios du Campus Georges Méliès. Depuis le début de 2026, 310 jours de tournage ont déjà été comptabilisés par la Ville.
Parmi les productions actuellement installées, The White Lotus représente le projet le plus important en termes de durée. La quatrième saison de la série créée par Mike White doit consacrer plus de 50 jours de tournage à Cannes. Plusieurs lieux emblématiques de la ville sont concernés, notamment le Palais des Festivals et des Congrès et l’Hôtel Martinez. Selon les estimations communiquées par la municipalité, le tournage doit générer plus de 17 000 nuitées dans la ville.
Pour Cannes, l’intérêt de ces tournages ne se limite pas à la visibilité internationale offerte par les plateformes et les diffuseurs. Leur présence constitue. une activité économique complémentaire pour le territoire, à travers l’hébergement, la restauration, les transports et le recours à des prestataires et techniciens locaux.
Après plusieurs séquences tournées à Cannes pour la cinquième saison en 2025, la série Emily in Paris de Netflix revient cette année pour sa saison 6. Une récurrence qui témoigne de la capacité du territoire à accueillir des productions sur plusieurs périodes, plutôt qu’à bénéficier uniquement de tournages ponctuels.
À cette production internationale s’ajoute un projet de cinéma français : La Fête est finie, nouveau long métrage de Jean-Christophe Meurisse, dont plusieurs séquences sont réalisées à Cannes. Le film, qui porte notamment un regard satirique sur les mondanités du milieu du cinéma, vient tourner dans une ville dont l’image est précisément associée à cet univers.
Cannes concentre sur un territoire relativement restreint des décors très différents : la Croisette, le Suquet, les plages, les quartiers urbains, les commerces, les équipements universitaires, le patrimoine ou encore les îles de Lérins. Pour les productions, cette concentration permet de multiplier les ambiances sans multiplier les déplacements.
L’organisation logistique des tournages est un levier activé par la municipalité pour accompagner les productions : elle a développé une expertise spécifique dans l’accueil de productions confrontées à des contraintes importantes de circulation, de sécurité, d’occupation de l’espace public ou de coordination avec les différents acteurs locaux. L’enjeu est particulièrement sensible dans une ville qui accueille toute l’année des manifestations internationales et une activité touristique soutenue. Un tournage de plusieurs semaines doit ainsi composer avec les événements, les commerces, les habitants et les flux touristiques. La stratégie consiste donc à intervenir en amont des projets afin d’identifier les contraintes et de coordonner les différents services concernés. Pour la ville, cette capacité d’accompagnement est devenue un facteur de différenciation dans un marché où les territoires sont en concurrence pour attirer les productions.
Cette politique s’inscrit dans la stratégie « Cannes On Air », lancée en 2014 par le maire David Lisnard. Son objectif est de structurer progressivement une filière audiovisuelle et créative locale, de la formation à la production, en passant par l’écriture, la création, la diffusion et la promotion des œuvres. Le positionnement est stratégique pour Cannes : il s’agit de tirer parti d’une notoriété internationale déjà largement acquise grâce au Festival de Cannes pour développer, en dehors de la manifestation annuelle, une activité audiovisuelle plus régulière. Avec plus de 300 jours enregistrés depuis le début de 2026 et plusieurs productions internationales actuellement présentes, Cannes cherche à passer du statut de vitrine mondiale du cinéma à celui de territoire capable d’accueillir durablement la fabrication des œuvres.
Valérie Noriega