400 ans d’une histoire ancrée au cœur de la Provence pour la Marine nationale


Politique


17 septembre 2026

Pour ses 400 ans, la Marine nationale célèbre son ancrage historique et stratégique en Provence, de l’arsenal de Toulon aux innovations futures.

Fondée en 1626 sous l’impulsion du cardinal de Richelieu, la Marine nationale fête cette année quatre siècles d’existence. Une histoire intimement liée à la Région Sud, où elle a établi l’un de ses plus puissants points d’appui. De l’édit de Saint-Germain-en-Laye qui pose les bases d’une marine d’État permanente, jusqu’aux porte-avions nucléaires d’aujourd’hui, le littoral provençal demeure un témoin et un acteur majeur de cette épopée maritime.

L’initiative de Richelieu répond à un double objectif, politique et militaire : dans une Europe où les puissances maritimes se disputaient les routes commerciales, la France se devait de protéger ses côtes, sécuriser ses échanges et projeter sa puissance. La mer devenait un enjeu de souveraineté.

Toulon, port-arsenal du Levant

Pour matérialiser cette ambition en Méditerranée, le choix de Toulon s’est rapidement imposé. Sa rade, vaste et exceptionnellement protégée, offrait un abri stratégique. Dès 1635, un premier « parc de la Marine » y voit le jour. Mais c’est sous l’impulsion de Colbert, à partir de 1666, et du génie de Vauban, dès 1679, que le site prend une dimension nouvelle.

Considérant la rade comme « la meilleure » et le port comme « le plus beau d’Europe », Vauban redessine la ville avec des remparts, des bassins de radoub, une seconde darse et de nouvelles infrastructures. L’arsenal devient une ville dans la ville, faisant vivre toute l’économie provençale : des forêts du Var pour le bois de construction aux cultures de chanvre pour les cordages, en passant par les fonderies pour les canons.

Une spécialisation historique face à Marseille

Cette vocation militaire a durablement façonné le destin de la cité. Au milieu du 17ème siècle, Toulon était une place forte de la savonnerie, comptant plus d’ateliers que Marseille. Une décision de Louis XIV en 1669 changea la donne : en accordant un avantage commercial à la cité phocéenne, il assigna à Toulon un rôle avant tout militaire. Les galères royales remplacèrent peu à peu les navires marchands, et Marseille développa son savon tandis que Toulon consolidait son arsenal.

Un théâtre d’opérations majeur en Méditerranée

L’histoire navale de la région ne se résume pas à son principal port. Dès 1637, la reprise des îles de Lérins aux Espagnols a constitué l’une des premières opérations amphibies combinées de l’histoire de France, mobilisant près de 70 navires et 5 000 hommes. Trois siècles plus tard, le 15 août 1944, le débarquement de Provence ouvrait un second front décisif pour la Libération, où les forces navales ont joué un rôle crucial dans le transport des troupes et l’appui des opérations terrestres. La mémoire de cette histoire repose aussi dans les fonds marins, comme avec l’épave du « La Lune », vaisseau de Louis XIV naufragé en 1664 et devenu un site archéologique d’exception.

Quatre siècles d’innovations et de missions

Aujourd’hui, premier port militaire d’Europe, Toulon reste au cœur du dispositif naval français. Il accueille l’état-major de la Force d’action navale, des sous-marins et le groupe aéronaval. Les coques en bois et les voiles ont laissé place à l’acier, à la propulsion nucléaire, aux drones et aux systèmes de combat numériques. À Saint-Mandrier, le Pôle Écoles Méditerranée, plus grand centre de formation de la Marine, prépare les nouvelles générations.

Cet ancrage se traduit par des missions quotidiennes essentielles. En 2025, le CROSS MED a coordonné 4 584 opérations de sauvetage ou d’assistance, secourant plus de 10 000 personnes. La surveillance de plus de 257 000 navires par les sémaphores ou la lutte contre les pollutions illustrent cet engagement constant.

L’avenir en construction et des célébrations à venir

Tournée vers l’avenir, la base navale de Toulon prépare déjà l’accueil de la future génération de bâtiments de combat, dont le prochain porte-avions, avec la construction programmée d’un bassin de 360 mètres et de nouveaux quais. Pendant que les ingénieurs conçoivent les outils de demain, le service historique de la Défense conserve sur place 23 kilomètres linéaires de documents, une mémoire vive remontant au 17ème siècle.

Pour célébrer cet anniversaire, plusieurs événements sont prévus à Toulon
– Le samedi 19 septembre 2026, un grand spectacle son et lumière se tiendra au fort Lamalgue à 20h30 pour faire revivre ces quatre siècles d’histoire.
– Le samedi 3 octobre 2026, la « Foulée des 400 ans » offrira une course de 10 kilomètres au cœur de la base navale.
Le programme complet des célébrations en France est détaillé sur le site de la Marine nationale. La carte des événements en Région Sud est disponible surle portail de la région.


Gilles Carvoyeur