14 septembre 2026
Le projet « Relocalisons » vient d’entrer dans sa phase opérationnelle en Provence-Alpes-Côte d’Azur. Pendant deux ans, 29 acteurs vont travailler à faciliter l’approvisionnement local des cantines scolaires, établissements de santé et restaurants d’entreprise. Un programme financé à hauteur de 429 678,78 € par la Région Sud et le fonds européen Feader.
Produire localement ne signifie pas nécessairement consommer localement. En Provence-Alpes-Côte d’Azur, le décalage est particulièrement marqué. Selon un diagnostic réalisé pour l’Ademe Provence-Alpes-Côte d’Azur, seulement 12 % de la production agricole brute régionale et 38 % de la production agroalimentaire étaient consommés sur place en 2022.
La région figure pourtant parmi les principales terres agricoles françaises pour les fruits et les légumes frais. Elle est notamment première pour les cerises, les poires et les salades, et deuxième pour les tomates, les pêches et les pommes.
Dans le même temps, les collectivités et les établissements de restauration collective doivent répondre aux objectifs fixés par la loi Egalim. Depuis 2018, celle-ci prévoit notamment que les repas servis en restauration collective comprennent au moins 50 % de produits durables et de qualité, dont 20 % issus de l’agriculture biologique. Dans les faits, l’accès des producteurs locaux à ces débouchés reste compliqué.
C’est sur ces difficultés que veut agir « Relocalisons ».
Le projet rassemble 29 acteurs de la région, issus de secteurs différents : agriculture, logistique, restauration collective, commerce équitable ou encore collectivités et organismes d’accompagnement. L’objectif n’est pas seulement d’identifier davantage de producteurs locaux. Il s’agit aussi de faire coïncider leur capacité de production avec les besoins des établissements, d’adapter les marchés publics, d’organiser les livraisons et de faire évoluer les pratiques dans les cuisines. « Ce qui fait la force du projet, c’est d’arriver à mettre autour de la table des acteurs qui n’ont pas l’habitude de travailler ensemble », explique Laetitia Beautes, coordinatrice de Relocalisons, salariée de Localizz, structure qui porte le projet.
La première étape doit permettre aux différents professionnels de mieux comprendre leurs contraintes respectives. Douze « visites apprenantes » sont ainsi prévues dans des exploitations agricoles, des plateformes logistiques et des établissements de restauration. La démarche doit ensuite porter sur sept chantiers : recenser les producteurs susceptibles de fournir la restauration collective, travailler sur les cahiers des charges des marchés publics, améliorer la logistique, faire évoluer les pratiques dans les restaurants et réfléchir à la rémunération des producteurs.
Trois établissements serviront notamment de terrains d’expérimentation. Les équipes y seront accompagnées dans l’utilisation de produits bruts et dans l’évolution des pratiques culinaires. Un volet sera également consacré à l’éducation au goût auprès des convives. La question du prix constitue un autre axe du programme. Le projet prévoit de travailler sur les conditions permettant à la fois aux établissements de s’approvisionner et aux agriculteurs d’obtenir une rémunération jugée juste. Ce volet sera piloté par Max Havelaar France.
La démarche doit tenir compte des différences entre les territoires. Les filières maraîchères et arboricoles des Bouches-du-Rhône et du Vaucluse ne rencontrent pas les mêmes contraintes que l’élevage et les productions fruitières des Alpes, ou que les petites exploitations du Var et des Alpes-Maritimes.
« Il n’existe donc pas de solution unique », résument les porteurs du projet, qui veulent plutôt tester des réponses adaptées aux différents bassins de production.
« Relocalisons » est prévu sur deux ans. Son financement atteint 429 678,78 €, apportés conjointement par la Région Sud et le Fonds européen agricole pour le développement rural (Feader).
Neuf partenaires sont directement cofinancés dans le cadre du projet, parmi lesquels les chambres d’agriculture des Hautes-Alpes et de Provence-Alpes-Côte d’Azur, la coopérative Duransia, Coopération Agricole Sud, Bio de Provence, les logisticiens Localizz et Échanges Paysans, la Maison régionale de l’élevage, Le Loubatas et Max Havelaar France.
À terme, les enseignements tirés des expérimentations doivent être diffusés auprès des collectivités, des réseaux professionnels et des Projets alimentaires territoriaux (PAT) de la région. L’enjeu sera alors de vérifier si les solutions mises au point dans le cadre du projet permettent réellement de faire davantage entrer les productions régionales dans les cuisines collectives, au-delà des seuls établissements pilotes.
Valérie Noriega