Prisons : le feu sous la cocotte-minute


Politique


14 septembre 2026

Le niveau de saturation est largement dépassé dans les maisons d’arrêt françaises, comme à Nice où le taux d’occupation a dépassé 170 % cet été.

Avec un ratio de 119 personnes incarcérées pour 100 000 habitants, notre pays est loin de détenir le record. En Turquie, la proportion est quatre fois plus élevée, et au sein des membres de l’Union européenne la France se trouve en bas du classement avec la Belgique (106). Il n’en demeure pas moins qu’un nouveau record a été battu le 1er août avec précisément 89 668 personnes derrière les barreaux, soit trois mille de plus en quelques mois seulement (86 645 au 1er février). Et parmi elles, un tiers s’y trouve en détention provisoire.
Les chiffres, tout ce qu’il y a de plus officiels, montrent bien le hiatus entre la réalité ‘répressive’ de notre système judiciaire qui n’hésite pas à sanctionner en privant de liberté et le ressenti de la population, en demande de toujours plus de sévérité à chaque nouveau fait divers tragique. Ce que Jean-Didier Berger, ministre en charge de la sécurité des Français auprès du ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez traduit par : « Partout où je vais sur le territoire, les Français réclament que ceux qui leur pourrissent la vie puissent être sanctionnés immédiatement, tapés au porte-monnaie et largement entravés par des sanctions
crédibles, rapides et surtout effectives
 »

Des questionnements

Jusqu’où peut-on aller ? L’incarcération peut-elle être parfois évitée, remplacée par d’autres peines (en Suisse, il n’y a que77 détenus pour 100 000 habitants et, que l’on sache, les villes de la Confédération ne sont pas précisément des coupe-gorge) ? Le bénéfice réel qu’elle apporte à la société, en isolant les gens
dangereux, n’est-il pas contrebalancé par ses effets pervers que l’on pourrait résumer à gros traits par la formule « l’école du crime » ? Il faut se poser toutes ces questions, et bien d’autres, alors que les cellules débordent, que des prisonniers dorment sur des matelas, que la surchauffe de l’été fait monter la pression dans les cocottes-minute de la privation de liberté.

Avec 10 386 personnes écrouées et détenues(1) sur le ‘ressort’ de la Direction interrégionale des services pénitentiaires de Marseille (DISP), qui couvre tout le sud-est, les établissements font davantage que le plein : la densité carcérale y a atteint 132,1 % au milieu de l’été. Un peu ‘mieux’ que la moyenne nationale qui est de 141,5 %. Nous sommes, après Paris, la deuxième région pour la surpopulation de nos maisons d’arrêt : 149,1 % à Ajaccio, 157,1 % à Digne, 148 % à Draguignan, 115 % ‘seulement’ à Gap.
À Grasse, étaient détenues au 1er août 800 personnes, le chiffre rond, pour une capacité de 574 places (taux d’occupation de 139,4 %) et à Nice 608 personnes pour une capacité de 355, soit 171,3 %.
Avec 318 détenues, il y a 3,1 % de femmes derrière les barreaux sur la DISP de
Marseille et 27,7 % de prévenus qui attendent une décision judiciaire.

La création de trois mille places de prisonmodulaires et « low cost » - livrables en 18 mois au lieu de sept ans pour des cellules classiques - devrait apporter un peu d’air à un système au bord de l’asphyxie. Le premier établissement à en profiter sera Troyes-Lavau dans l’Aube dès cet automne, puis Maubeuge dans le Nord. Ces
nouvelles prisons viennent compléter le programme de construction annoncé en 2018 par le ministère de la Justice avec 5 531 places supplémentaires en tenant compte de la fermeture des établissements les plus vétustes. Un objectif encore loin d’être atteint.

Des obstacles à la construction de nouvelles maisons d’arrêt

Le financement n’est pas le seul obstacle à la construction de nouveaux établissements pénitentiaires. Car les élus communaux qui sont les premiers à réclamer de la Justice davantage de sévérité ne frôlent pas l’excès de vitesse lorsqu’il faut « trouver » un terrain pour accueillir une nouvelle prison.
Les Alpes-Maritimes sont dans cette situation, un cas d’école, avec une patate chaude qu’au fil de ces vingt dernières années (et peut-être plus) les maires de Saint-Laurent-du-Var, Drap, Carros, Saint-Jeannet, Nice (et peut-être d’autres) se sont refilée, voulant bien d’un tel établissement mais de préférence chez
leurs voisins. Une exception dans cette attitude : Grasse, dont le maire se dit
favorable à une extension de la maison d’arrêt située loin de la cité des Parfums, à mi-chemin de Saint-Vallier-de-Thiey. Quant à Nice, objet de moult atermoiements, le nouveau maire Éric Ciotti (UDR) à peine installé a proposé comme lieu de construction un terrain situé en sortie de ville sur la route de Digne sur lequel est bâtie la résidence pour travailleurs célibataires (ex-Sonacotra). Le
courrier, dûment affranchi, est parti au ministère de la Justice, une réponse est maintenant espérée.

Note
(1) 2 011personnes sont aussi écrouées mais non détenues.


Jean-Michel Chevalier