16 septembre 2026
La donnée est devenue une cible à part entière pour les cybercriminels. En Provence-Alpes-Côte d’Azur, elle représente déjà une part importante des incidents signalés à la cellule régionale de réponse aux incidents. Sur les 63 signalements de potentiels incidents analysés par Urgence Cyber région Sud, 26 concernaient une possible exfiltration de données, soit plus de 40 %. Urgence Cyber région Sud décrypte les mécanismes les plus fréquents et rappelle les bons réflexes pour réduire le risque.
Les TPE-PME et les collectivités figurent parmi les structures concernées. L’administration publique représente 19 % des signalements, devant le secteur de la santé et de l’action sociale, à 15 %.
Selon les données communiquées par Urgence Cyber région Sud, 300 services auraient été piratés en 2026, avec potentiellement plusieurs dizaines de millions de Français concernés.
L’enjeu ne se limite pas au vol initial. Une fois récupérées, les données peuvent être réutilisées pour mener d’autres attaques, notamment des campagnes de phishing plus ciblées, de l’usurpation d’identité, des tentatives de fraude au faux RIB ou de nouvelles intrusions dans les systèmes informatiques. Une fuite peut entraîner des pertes financières, perturber l’activité, fragiliser les relations commerciales ou affecter la réputation d’une entreprise, d’une association ou d’une collectivité. Cette exposition devrait par ailleurs continuer de progresser avec la numérisation des échanges. La généralisation progressive de la facturation électronique, notamment, va accroître encore la quantité de données échangées et le nombre d’acteurs susceptibles d’y accéder.
Les cybercriminels ne cherchent pas systématiquement à contourner directement les protections techniques d’une organisation. Une autre stratégie consiste à récupérer des identifiants légitimes afin d’entrer dans le système avec les droits d’un utilisateur autorisé. « Nous avons souvent l’image d’un attaquant qui cherche à “casser” une infrastructure informatique. Dans de nombreux cas, son objectif est plutôt de parvenir à se connecter comme s’il était un utilisateur légitime », explique Antoine Parmentier, responsable d’Urgence Cyber région Sud.
Les accès à distance, l’utilisation ponctuelle d’ordinateurs personnels dans un cadre professionnel et la réutilisation des mêmes mots de passe entre usages personnels et professionnels constituent autant de points de vulnérabilité.
À ces risques humains s’ajoutent les failles techniques. Certaines sont récentes, d’autres sont connues mais restent insuffisamment corrigées. Les infostealers, des logiciels malveillants spécialisés notamment dans le vol d’identifiants et de cookies de session, renforcent encore cette menace.
Pour limiter les risques, Urgence Cyber région Sud recommande notamment de généraliser l’authentification multifacteur, de cloisonner les accès aux bases de données et de surveiller les volumes inhabituels de données consultées ou téléchargées. Le contrôle des équipements autorisés à accéder au système d’information et la révocation des sessions en cas de suspicion de compromission font également partie des mesures préconisées. La prévention passe aussi par la sensibilisation des collaborateurs. Les techniques d’ingénierie sociale permettent en effet aux attaquants de contourner certaines protections en exploitant directement les comportements humains. La surveillance de l’exposition numérique constitue enfin un autre axe de prévention : identifiants compromis, données accessibles en ligne, usurpation de marque ou création de noms de domaine frauduleux peuvent fournir des signaux avant qu’une attaque ne produise ses effets.
Face à une revendication de fuite, les organisations doivent toutefois éviter de tirer des conclusions trop rapidement. La publication de données ou la revendication d’une attaque ne signifie pas nécessairement que la compromission est avérée.
La première étape consiste donc à qualifier l’incident : identifier les données potentiellement concernées, les systèmes touchés, les utilisateurs exposés et la période durant laquelle l’attaque aurait pu se produire.
Cette analyse conditionne ensuite les mesures à prendre. Elle permet également d’éviter qu’une revendication non vérifiée ne soit amplifiée alors même que la réalité ou l’étendue de la fuite restent incertaines.
Valérie Noriega