Cybersécurité : un enjeu de gouvernance et de pérennité pour les dirigeants


Paroles d’expert


16 septembre 2026

La cybersécurité est aujourd’hui un risque global qui concerne tous les échelons de l’entreprise

La multiplication des cyberattaques visant les entreprises est devenue une réalité quotidienne. Phishing, rançongiciels, arnaques au faux support technique... les techniques se sophistiquent en permanence. Le groupe de travail Cybersécurité de Walter France détaille pourquoi la vigilance des dirigeants devient un véritable enjeu de gouvernance.

Longtemps perçue comme une question réservée aux équipes informatiques, la cybersécurité s’impose aujourd’hui comme un enjeu stratégique majeur pour les entreprises, encore plus avec la montée en puissance de l’intelligence artificielle dans les entreprises.

La cybersécurité, un sujet qui dépasse la technique

Au-delà des outils et des pare-feux, elle engage directement la responsabilité de la direction. Trois constats expliquent cette montée en puissance : la multiplication des cyberattaques ciblant spécifiquement les entreprises (fraude, fuite de données), des risques financiers, juridiques et réputationnels de plus en plus lourds, et une exigence croissante des clients en matière de protection de leurs données.
Dans ce contexte, structurer une démarche de sensibilisation à l’échelle de l’entreprise n’est plus une option. Les enjeux sont multiples : protéger son patrimoine informationnel et ses secrets industriels, assurer la continuité de l’activité, préserver sa réputation et respecter les obligations légales (RGPD) pour éviter les sanctions pénales ou administratives.
Les objectifs sont clairs et la méthode est incontournable : comprendre les menaces pour mieux les anticiper, définir des règles, diffuser une véritable culture de la sécurité, faire adopter les bonnes pratiques aux collaborateurs pour réduire le risque humain, qui reste la première faille exploitée par les attaquants, leur donner le mode d’emploi pour savoir comment se comporter rapidement en cas d’incident. Bien menée, cette démarche devient même un levier de confiance et de différenciation auprès des clients, qui sont eux-mêmes de plus en plus attentifs à la manière dont leurs données sont protégées.

Comprendre les menaces : un panorama qui évolue vite

En France, l’hameçonnage – ou phishing – demeure le vecteur d’attaque numéro un. Cette technique consiste, pour un individu malveillant, à se faire passer pour un site connu, un organisme officiel, ou encore pour l’un des contacts de l’équipe dont le compte a été piraté.
Mais les techniques se diversifient. Aux messages frauduleux classiques par email s’ajoutent désormais le smishing (par SMS), le vishing (par téléphone, avec des appels se faisant passer pour une banque ou un support technique) et le quishing, une tendance montante qui consiste à diffuser de faux QR codes redirigeant vers des sites piégés. Dans le palmarès des arnaques les plus répandues en France figurent la fausse amende (notamment au nom de l’ANTAI), la fausse convocation et le faux support technique.

Le top 3 des arnaques

L’arnaque bien connue dite « arnaque au président » (un escroc se fait passer par un supérieur hiérarchique) démontre bien les possibles failles humaines. L’escroc joue sur le respect de la hiérarchie, le caractère d’urgence, la confiance accordée au collaborateur, etc., pour pousser celui-ci à passer outre les procédures – lorsqu’elles existent ! Autre menace majeure, le rançongiciel (ransomware). L’épisode WannaCry, en 2017, reste un cas d’école : l’exploitation d’une faille Windows avait touché 150 pays et paralysé des services entiers, rappelant à quel point les mises à jour de sécurité sont critiques. La leçon à en tirer est claire : l’importance cruciale des mises à jour de sécurité, trop souvent négligées.

Définir des règles : une hygiène numérique au quotidien

Il est essentiel d’établir une charte informatique, qui sera l’outil de référence de sensibilisation et de responsabilisation des équipes. Cette charte doit bien évidemment être évolutive.
Cela commence par la gestion des mots de passe. Des solutions comme KeePass (gratuit, stockage local, recommandé par l’ANSSI), NordPass, Dashlane, LastPass ou 1Password permettent de générer et de stocker des mots de passe robustes sans avoir à les mémoriser. Mais l’arme la plus efficace reste la double authentification (MFA) : même si un mot de passe est volé, un pirate ne peut pas accéder au compte sans le second facteur – un code temporaire reçu par SMS, généré par une application ou par une clé sécurisée.
La sécurité des réseaux sociaux constitue un autre point de vigilance. Il appartient à la direction de donner les règles. Même s’il n’est pas possible d’imposer aux collaborateurs la manière dont ils doivent gérer leur présence sur les réseaux sociaux, il est en revanche recommandé de les alerter sur leur responsabilité individuelle et de les inciter à mettre en œuvre les recommandations de la direction. Il s’agit également de les sensibiliser au fait que plus ils donnent d’informations sur leur vie privée et professionnelle, plus ils seront facilement victimes de manipulations psychologiques.
Côté appareils mobiles, la frontière entre usages professionnel et personnel doit rester nette. Pas d’email professionnel utilisé pour des sites personnels, jamais de clé USB trouvée branchée sur un poste de travail, et aucune donnée professionnelle stockée sur un cloud personnel non validé par l’entreprise – c’est ce qu’on appelle le shadow IT, une pratique qui échappe à tout contrôle de sécurité.

Prendre les décisions qui s’imposent au niveau de la direction

Il appartient à la direction de commencer par réaliser une analyse des risques en fonction des données critiques et stratégiques identifiées au sein de l’entreprise. Cette analyse permettra de définir les actions à prioriser

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Certaines d’entre elles relèvent directement de la responsabilité de la direction.
Les sauvegardes constituent une véritable assurance vie numérique. Sans elles, une panne ou une attaque peut entraîner une perte de données définitive. Il existe plusieurs types de sauvegardes : la sauvegarde complète, qui copie l’intégralité des données ; la sauvegarde incrémentale, qui ne copie que les fichiers créés ou modifiés depuis la dernière sauvegarde ; et la sauvegarde différentielle, qui reprend tous les fichiers modifiés depuis la dernière sauvegarde complète. La règle critique à retenir : toujours déconnecter le support de sauvegarde une fois la copie effectuée, car un ordinateur infecté chiffrerait également une sauvegarde restée connectée. Il faut également tester régulièrement que la restauration fonctionne réellement, et prioriser ce qui est long ou impossible à reconstituer : données métiers critiques (comptabilité, dossiers clients), documents sensibles et stratégiques, messagerie professionnelle, accès et configurations.
Les mises à jour, ou patchs, corrigent en permanence les failles de sécurité découvertes dans les systèmes d’exploitation, les logiciels métiers et les navigateurs. Activer le téléchargement automatique des mises à jour et ne les télécharger que depuis les sites officiels constitue un réflexe simple mais déterminant. En parallèle, la limitation des droits administrateurs aux seules personnes autorisées au sein de l’équipe IT évite les installations non contrôlées et les actions à risque.

Pour la gestion des flottes professionnelles, les solutions de Mobile Device Management (MDM) permettent de sécuriser et de piloter à distance les smartphones, les tablettes et les ordinateurs : gestion des accès, sécurisation des données, verrouillage ou effacement à distance en cas de perte ou de vol, et séparation stricte des usages pro et perso. C’est un outil clé, particulièrement pertinent dans un contexte de mobilité et de télétravail. Enfin, l’usage de messageries personnelles pour des échanges professionnels doit être évité, de même que le recours à des solutions de stockage cloud non autorisées : bien séparer le professionnel du personnel, c’est déjà renforcer significativement la sécurité.

La formation et la sensibilisation, clés de voûte de la sécurité collective

Être informé, c’est déjà se protéger. Aucun dispositif technique, si performant soit-il, ne suffit sans une véritable acculturation des équipes. La formation doit devenir un levier de pilotage à part entière, avec des enjeux clairs : réduire les risques liés aux erreurs humaines, responsabiliser les collaborateurs à tous les niveaux, et répondre aux obligations réglementaires en matière de protection des données.

C’est à la direction d’organiser des formations sur les nouvelles menaces, sur les consignes de sécurité telles que l’authentification multi-facteurs, etc.

Concrètement, cela se traduit par un plan de sensibilisation régulier combinant communications, formations et rappels, par des campagnes de phishing simulé permettant de tester les réflexes en conditions réelles, par l’intégration de la cybersécurité dans les parcours d’intégration des nouveaux collaborateurs, et par un relais managérial actif pour diffuser les bonnes pratiques au plus près des équipes. Une équipe sensibilisée, c’est une surface de risque significativement réduite pour l’ensemble de l’entreprise.

Des ressources gratuites

Pour aller plus loin, des ressources gratuites et reconnues existent, notamment celles proposées par l’ANSSI (Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information), qui met à disposition guides et bonnes pratiques en ligne. Le MOOC SecNumacadémie, également porté par l’ANSSI, propose des modules pédagogiques accessibles à tous les niveaux, avec un certificat de réussite à la clé – une excellente manière d’approfondir ses connaissances et de consolider ses réflexes.

La cybersécurité : un risque global qui concerne tous les échelons de l’entreprise

La cybersécurité n’est plus un sujet technique cantonné aux équipes informatiques : c’est un enjeu de gouvernance et de pérennité pour l’ensemble de l’entreprise. Le risque cyber est global, permanent et en constante évolution. L’humain en reste la principale vulnérabilité, mais aussi le meilleur rempart, à condition que les équipes soient correctement informées et outillées. La prévention et la structuration demeurent les leviers les plus efficaces pour limiter l’exposition au risque.
Le rôle de chaque dirigeant est ici déterminant : impulser une véritable culture cybersécurité, soutenir les investissements et les actions de sensibilisation, et intégrer pleinement ce sujet dans la stratégie globale de l’entreprise. Une cybersécurité maîtrisée se traduit très concrètement par des risques limités, une conformité réglementaire assurée, et une relation client durablement renforcée.