17 septembre 2026
La physicienne Jacqueline Bloch est la lauréate 2026 de la médaille d’or du CNRS.
La physicienne Jacqueline Bloch est la lauréate 2026 de la médaille d’or du CNRS. Ses travaux sur les polaritons, des particules hybrides nées de l’interaction entre lumière et matière, ont permis d’explorer des phénomènes quantiques allant du comportement des électrons à des phénomènes inspirés des trous noirs.
C’est une distinction qui récompense une carrière scientifique hors norme. La physicienne Jacqueline Bloch reçoit cette année la médaille d’or du CNRS, l’une des principales distinctions scientifiques françaises. Directrice de recherche au Centre de nanosciences et de nanotechnologies (CNRS/Université Paris-Saclay), elle est distinguée pour ses travaux pionniers sur les polaritons, des particules hybrides qui combinent des propriétés de la lumière et de la matière.
La médaille lui sera remise le 17 décembre 2026 à la Maison de la Chimie, à Paris. Elle est accompagnée d’une dotation de 50 000 euros de la Fondation CNRS.
Pour comprendre les recherches de Jacqueline Bloch, il faut s’intéresser à ces étonnants polaritons. Ils apparaissent lorsque la lumière interagit fortement avec la matière, notamment dans certaines structures semi-conductrices. Ces objets, qualifiés de « quasi-particules hybrides », possèdent ainsi certaines caractéristiques de la lumière et de la matière. Avec son équipe, la chercheuse les étudie dans de minuscules cavités de quelques micromètres, spécialement conçues pour contrôler leur comportement. Dans ces conditions, les polaritons peuvent se comporter collectivement comme des fluides quantiques de lumière.
Ces dispositifs permettent notamment de reproduire en laboratoire certains phénomènes difficiles à observer directement. Les chercheurs peuvent ainsi étudier des propriétés comme la superfluidité, un état dans lequel un fluide quantique peut s’écouler sans frottement, ou encore les condensats de Bose-Einstein, dans lesquels des particules se comportent comme un même système quantique.
Les expériences menées par Jacqueline Bloch ne se limitent pas à l’étude de la lumière. En façonnant les microcavités dans lesquelles évoluent les polaritons, les chercheurs peuvent reproduire des équations physiques proches de celles qui décrivent certains systèmes difficiles, voire impossibles, à observer directement.
Parmi eux figurent les trous noirs. Ces expériences permettent d’étudier en laboratoire des phénomènes qui s’en inspirent, notamment autour de l’équivalent du rayonnement théorisé par le physicien Stephen Hawking.
Les polaritons peuvent également être organisés en réseaux reproduisant la structure en nid d’abeilles du graphène, un matériau constitué d’une seule couche d’atomes de carbone. Les chercheurs peuvent alors étudier certaines de ses propriétés physiques dans un système contrôlé en laboratoire.
Les recherches de Jacqueline Bloch portent aujourd’hui aussi sur des lois dites universelles, qui permettent notamment de décrire des phénomènes aussi différents que la formation du givre sur une vitre ou la propagation du front d’un incendie. Ses travaux pourraient également contribuer au développement de nouveaux types de lasers et de technologies de traitement de l’information entièrement optiques.
Née en 1967, Jacqueline Bloch est diplômée de l’École supérieure de physique et de chimie industrielles de la ville de Paris en 1991. Elle obtient son doctorat de physique en 1994, consacré aux propriétés optiques de fils quantiques.
La même année, elle rejoint le CNRS comme chargée de recherche. Après un séjour aux États-Unis aux Bell Laboratories entre 1998 et 1999, elle obtient en 2010 son habilitation à diriger des recherches consacrée à l’étude des polaritons. Elle devient directrice de recherche au CNRS en 2011, au sein du Centre de nanosciences et de nanotechnologies.
Depuis 2015, elle est également professeure chargée de cours à l’École polytechnique.
Avant la médaille d’or, la scientifique avait déjà reçu plusieurs distinctions. Elle a notamment obtenu le prix de la fondation iXcore en 2014, le prix Jean Ricard de la Société française de physique en 2015 et la médaille d’argent du CNRS en 2017. En 2019, elle a reçu le prix Ampère de l’Académie des sciences, dont elle est devenue membre la même année. Elle est par ailleurs chevalière de la Légion d’honneur depuis 2014 et officière de l’ordre national du Mérite depuis 2023.
Le président-directeur général du CNRS, Thierry Dauxois, salue une scientifique dont les recherches ont permis de rendre accessibles expérimentalement des phénomènes particulièrement abstraits. « La carrière exceptionnelle de Jacqueline Bloch incarne l’audace et la rigueur de la recherche française », estime-t-il, soulignant notamment le caractère collaboratif de ses travaux et leur contribution à la compréhension de phénomènes nouveaux en physique. La chercheuse défend par ailleurs depuis plusieurs années l’importance de la recherche fondamentale et plaide pour un meilleur accompagnement des carrières scientifiques. Elle s’engage notamment sur les questions liées à la place des femmes dans la recherche.
Valérie Noriega