Carburants : dans les campagnes, les maires ruraux alertent sur une colère qui s’installe


Politique


21 septembre 2026

Cette crise touche tous les Français, mais elle ne les touche pas tous de la même manière

Après plusieurs mois de prix supérieurs à 2 euros le litre, l’Association des maires ruraux de France (AMRF) alerte sur les conséquences de la hausse des carburants dans les territoires où la voiture reste souvent indispensable.

Déplacements professionnels, rendez-vous médicaux, courses… Le coût de l’essence ou du diesel pousse certains habitants à réduire leurs déplacements.
Dans les communes rurales, la hausse des prix des carburants ne se résume pas à une facture plus élevée à la pompe. Elle peut aussi compliquer l’accès au travail, aux soins ou aux services. C’est le constat dressé par l’Association des maires ruraux de France (AMRF), dans un communiqué publié jeudi 18 septembre.
L’association reconnaît que la flambée actuelle des prix s’inscrit dans une crise énergétique internationale qui touche également les autres pays européens. Mais elle estime que la durée de cette situation commence à produire des effets spécifiques dans les territoires ruraux.

« Dans les campagnes, la voiture n’est pas une option »

La dépendance à l’automobile est particulièrement forte dans les zones rurales. Selon une étude de la Fondation Jean-Jaurès publiée en juillet 2026, 89 % des habitants ruraux se déclarent dépendants de leur voiture dans leur vie quotidienne. D’après le Cerema, cité par l’AMRF, 90 % des kilomètres parcourus dans les territoires ruraux le sont en voiture. Les trajets domicile-travail sont eux aussi plus longs. En 2023, un actif rural sur quatre parcourait au moins 24 km pour se rendre au travail, soit près de 50 km par jour aller-retour, selon l’Insee.
Cette situation s’explique notamment par l’organisation du territoire et l’éloignement des emplois et des services. Entre 1999 et 2019, la distance médiane entre le domicile et le lieu de travail des actifs ruraux aurait ainsi augmenté de plus de 50 %, selon les données de l’Insee citées par l’association.
Dans ces territoires, la voiture est également utilisée pour les courses, les rendez-vous médicaux, les démarches administratives ou les déplacements liés aux enfants et à la famille.

Des déplacements auxquels certains renoncent

La hausse des prix commence, selon l’AMRF, à modifier les comportements. Une enquête Keoscopie publiée en juin 2026 indiquait que 42 % des automobilistes ruraux jugeaient alors la situation « intenable » pour leur foyer. L’augmentation du coût des déplacements peut surtout conduire à limiter certains trajets. D’après des données de la Fondation Jean-Jaurès datant de juillet 2026, 47 % des automobilistes interrogés déclaraient avoir déjà renoncé au moins une fois à rendre visite à des proches, tandis que 18 % avaient reporté ou renoncé à un rendez-vous médical. Chez les actifs, 23 % déclaraient également avoir renoncé ou reporté une opportunité professionnelle en raison du coût des déplacements.
Dans les espaces ruraux à habitat dispersé, 67 % des habitants interrogés avaient par ailleurs le sentiment que leur vie s’était « rétrécie  », selon la même source.

L’AMRF demande des mesures ciblées

Face à cette situation, l’Association des maires ruraux ne réclame pas, dit-elle, un soutien permanent à l’utilisation de la voiture. Elle demande en revanche que soient prises en compte les situations dans lesquelles les habitants n’ont pas encore d’alternative crédible à l’automobile.
Parmi les pistes avancées figurent des aides davantage ciblées sur les ménages ruraux et les déplacements contraints, ainsi que des dispositifs temporaires permettant d’amortir les hausses les plus fortes.
L’association cite également l’exemple de l’Espagne, qui a choisi d’intervenir temporairement sur la fiscalité des carburants afin de limiter leur prix à la pompe. Une mesure qui a, elle aussi, un coût pour les finances publiques et dont les limites sont reconnues par l’AMRF.
À plus long terme, les maires ruraux souhaitent surtout développer des alternatives à la voiture : transports et solutions de mobilité adaptées aux territoires peu densément peuplés, mais aussi rapprochement des emplois et des services.

Un souvenir encore présent depuis 2018

Dans son communiqué, l’AMRF fait enfin le parallèle avec la crise de 2018, lorsque la hausse du prix des carburants avait contribué au déclenchement du mouvement des « gilets jaunes ». Huit ans plus tard, l’association estime que les élus locaux doivent rester attentifs aux difficultés exprimées par leurs administrés. Son secrétaire général, chargé de l’intérim de la présidence, John Billard, résume la position de l’association : «  Alerter n’est pas attiser la colère. C’est précisément chercher à éviter qu’elle ne s’installe. »
Pour les maires ruraux, l’enjeu dépasse donc désormais le seul prix du litre d’essence ou de diesel : il porte sur la capacité des habitants à continuer à se déplacer pour travailler, se soigner et accéder aux services du quotidien.


Valérie Noriega