23 septembre 2026
C’est un territoire délimité par trois fontaines dans le Vieil Antibes et des panneaux orange...
Place du Safranier, 13 heures un samedi de septembre, des grandes marmites s’échappe un petit fumet qui chatouille agréablement les narines. On épluche, on émince … on galèje … un festin se prépare sans aucun doute. Un banquet de Gaulois avec un sanglier rôti et le barde ligoté ? Ce sera plutôt une soupe au pistou bruyante et gaie. Les convives de la commune libre du Safranier n’oublient jamais l’ingrédient principal de la recette « faire le bien en s’amusant. »
C’est un territoire délimité par trois fontaines dans le Vieil Antibes et des panneaux orange, un rappel du sang et or de l’Occitanie. « Nous avons un maire élu à vie, un président, une secrétaire et un trésorier et la charte des communes libres qui précise nos missions : perpétuer les us et coutumes, les traditions, les mettre en valeur dans le respect du Beau et du Bien, enseigner les dialectes afin que nul mot ne meure… » Rédigée pendant les États généraux en 1989 et déposée auprès d’un notaire, la charte s’applique dans une quarantaine de communes libres en France. Au milieu du siècle dernier, la vieille ville d’Antibes est un quartier pauvre, beaucoup d’immigrés italiens s’y sont installés. Ils chantent, toujours joyeux, ils se réunissent pour les fêtes. À force de travail, ils s’enrichissent, restaurent leur maison et créent un comité des fêtes. « Des personnalités comme Prévert fréquentaient alors le Safranier et c’est notamment lui qui a donné cette idée de suivre l’exemple de Montmartre. Le comité des fêtes est devenu une commune libre avec un maire en suivant l’état d’esprit loufoque de Montmartre. » La secrétaire Nicole Boyer précise bien que depuis sa création en 1966, on ne déroge pas à la règle de la bonne humeur.
Pour les Gaulois, le banquet était un lieu où se scellaient les alliances, où les chefs mesuraient leur clientèle : une institution politique en somme. Au Safranier, on ne festoie pas comme un Gaulois « quand on adhère à l’association, on ne doit jamais parler ni politique, ni religion, ni mettre son instruction en avant. On ne demande pas les origines sociales, ni les fonctions occupées par les uns et les autres. Tous au même niveau et chacun participe selon ses compétences. » Nicole Boyer insiste bien sur ce point. Pas de politique ! Le Safranier fait vivre les traditions (vendanges, soupe au pistou, châtaignes, transmission des dialectes et patois) avec comme valeurs l’amitié, l’entraide et l’attention portée aux anciens, c’est ce qui les oblige. « On célèbre même des mariages et des baptêmes. Bon il faut d’abord aller voir Jean Leonetti puis revenir faire la fête au Safranier car notre maire à nous c’est ’pagnolesque’, il n’a pas de droits même s’il est élu à vie. » plaisante Paul Rougeron, président de la Commune libre du Safranier. À Montmartre, dans les années 80, le maire avait célébré l’union de Coluche et de Thierry Le Luron …
Le vrai maire, Jean Leonetti, est toujours invité à participer aux manifestations « Il vient régulièrement nous voir ; pour lui nous sommes les garants de la tradition. Aux vendanges, c’est lui qui tourne la manivelle du pressoir. » Les citoyens de la commune libre ont un devoir « on paie pour travailler. On bosse, on bosse pour toujours donner pour les autres. » Et dans un grand éclat de rire, la joyeuse assemblée prépare pour plus de 300 convives la fameuse soupe au pistou du Safranier. Toute l’année, la commune s’emploie à respecter le calendrier festif des traditions pour perpétuer et préserver un art de vivre pour tous.
Marine Einaudi