7 octobre 2026
Pour la dirigeante de Mycophyto, replanter après les incendies ne suffit pas toujours. Il faut reconstruire un écosystème
Alors que la France a connu en 2026 une saison des incendies exceptionnelle, la question de l’après-feu prend une place croissante dans les débats sur la résilience des territoires. Justine Lipuma, dirigeante et cofondatrice de Mycophyto, appelle à ne pas limiter la réponse au reboisement et met en avant le rôle potentiel des sols vivants et des champignons mycorhiziens.
« Après le feu, replanter ne suffit pas toujours. Il faut reconstruire un écosystème ». C’est le message porté par Justine Lipuma, présidente et cofondatrice de Mycophyto, dans une publication sur Linkedin, consacrée aux incendies qui ont frappé la France en 2026. « Après le feu, il reste un territoire à sauver », écrit la dirigeante, qui invite à considérer la restauration des sols et des écosystèmes comme une étape à part entière de la gestion des incendies.
L’année 2026 a été marquée par des surfaces brûlées particulièrement importantes. Dès le 21 juillet, le gouvernement faisait état de près de 40 000 hectares parcourus par les incendies depuis le début de l’année. Quelques jours plus tard, les seuls feux de Gironde et des Landes représentaient plusieurs dizaines de milliers d’hectares supplémentaires. À l’échelle nationale, les estimations approchaient les 100 000 hectares brûlés en septembre.
La dirigeante de Mycophyto souligne qu’une fois le feu maîtrisé, les territoires touchés doivent faire face à la dégradation de leurs sols, à l’érosion, à la perte de végétation et à la reconstruction des activités agricoles ou forestières. « Le feu ne brûle pas seulement des arbres. Il hypothèque aussi le temps. » appuie-t-elle. Selon l’INRAE, les incendies peuvent notamment entraîner une perte de carbone organique et perturber les communautés microbiennes et la faune du sol. La capacité des sols à retenir l’eau peut également diminuer, tandis que le risque d’érosion augmente. La durée de récupération dépend toutefois fortement du type de sol, de l’intensité du feu et des caractéristiques de l’écosystème. Une référence de l’INRAE indique que, dans les sols forestiers, plusieurs paramètres physicochimiques peuvent retrouver leur niveau initial en 15 à 25 ans, tandis que la résilience globale de l’écosystème peut demander davantage de temps.
Cette temporalité explique pourquoi la restauration des espaces incendiés ne peut pas être réduite à la seule plantation de nouveaux arbres.
Dans son message intitulé ’AUX ARBRES, CITOYENS !’, Justine Lipuma défend précisément cette approche. « Après le feu, replanter ne suffit pas toujours. Il faut reconstruire un écosystème », estime-t-elle. Ce constat rejoint les préoccupations actuelles de la recherche forestière. L’INRAE indique que, lorsque la régénération naturelle est insuffisante, des plantations ou des semis peuvent être envisagés, mais que leur réussite dépend notamment de la qualité du diagnostic préalable et des conditions du sol. Des programmes de recherche étudient actuellement différentes stratégies de reconstitution des peuplements après incendie, associant notamment régénération naturelle, plantation et interventions sur le sol.
La question de la biodiversité souterraine est également centrale. Le feu peut affecter les organismes vivant dans les premiers centimètres du sol, là où se concentrent une partie importante de la matière organique et de l’activité biologique.
Pour participer à la régénération de ces précieux centimètres du sol, Mycophyto met en avant la mycorhization. Cette technique repose sur la symbiose entre certaines plantes et des champignons du sol, appelés champignons mycorhiziens arbusculaires. Ces derniers s’associent aux racines et peuvent contribuer à améliorer l’accès de la plante à l’eau et aux éléments nutritifs. Mycophyto développe des solutions reposant sur des mélanges de champignons mycorhiziens sélectionnés en fonction des caractéristiques du sol, du climat et de la plante. L’entreprise présente cette technologie comme un moyen d’accompagner la résilience des cultures face notamment au stress hydrique. La dirigeante prend toutefois soin de préciser qu’il ne s’agit pas d’une « solution miracle », c’est « un levier parmi d’autres » dans une stratégie plus large de restauration des écosystèmes. La mycorhization s’inscrit dans un ensemble de pratiques comprenant la prévention du risque, la gestion de la végétation, le diagnostic des sols, la régénération naturelle lorsqu’elle est possible et, lorsque cela est nécessaire, le reboisement.
Pour Mycophyto, renforcer la résilience des sols et des végétaux doit intervenir avant que survienne le sinistre. L’INRAE souligne notamment que les conditions météorologiques, la sécheresse, le vent, la continuité des combustibles et la gestion des paysages influencent fortement l’ampleur des incendies. Les pouvoirs publics ont eux aussi placé la résilience des forêts au cœur de leur réponse en 2026, avec des mesures consacrées à la restauration des massifs incendiés et à leur adaptation au changement climatique. Pour la dirigeante de Mycophyto, l’enjeu consiste donc aussi à passer d’une logique centrée uniquement sur la lutte contre le feu à une approche intégrant l’ensemble du cycle de vie du territoire : prévention, intervention, puis restauration.
Valérie Noriega