Chronique RH - Le sexisme, pas notre genre


Paroles d’expert


6 février 2019

Par Jean-Laurent TERRAZZONI DRH Membre de l’Association Nationale des DRH

Pas la peine de chercher bien loin des exemples vécus… Il me revient en mémoire un colloque RH au cours duquel souhaitant voir l’organisateur, j’ai cherché automatiquement à parler en priorité à un homme alors que l’organisateur était une organisaTRICE. Souvenir dérangeant d’un pot de départ d’un salarié. Le personnel était rassemblé dans son ensemble : filles et garçons…Devinez qui a débarrassé ?

Souvenirs qui s’enchaînent, avec cette confcall où seuls les hommes s’exprimèrent, monopolisant le temps de parole, sans jamais le céder aux femmes présentes…ou encore ce directeur général, qui en réunion du personnel, ne semblait s’adresser qu’aux hommes présents.
Que celui qui n’a pas connu ces colloques où l’on rappelle à la seule intervenante qu’elle est "notre femme dans ce débat", se lève.

Exemples plus personnel… où lors d’un dîner, m’adressant à ma voisine de table, qui élevait ses enfants sept jours sur sept, j’ai dit : "Tu n’as pas envie de revenir travailler ?" Et puis cette amie proche, avocate, bac + 7, associée, qui me raconte qu’une fois ayant perdu ses lunettes au bureau, elle adresse un e-mail à l’ensemble des avocats : "Si quelqu’un a vu mes lunettes…" Et son manager de répondre : "Sur mon oreiller ?"

Ou alors cette directrice commerciale fixant par SMS l’heure d’un déjeuner avec un client : "Je vais devoir partir à 14 h 30 car j’ai un rendez-vous ensuite" – et le client, un homme important, respecté, de répondre : "Ça dépend combien de temps ça vous prend pour embrasser ?".

Le DRH peut-il prescrire des stages pour en finir avec la bêtise masculine ?

Fin de la cérémonie des vœux et je me rappelle : Estelle, Jonquille, Sandrine, Fabienne, Maria, Katia, Sophie, Françoise ; toutes ces collègues qui m’ont aidé dans ma vie professionnelle par leurs conseils, leur écoute, leurs forces, leur talent. Aucune - mais est-il utile de le souligner ? - n’eut jamais un mot fâcheux, aucune ne me laissa entendre par une attitude, une blague, une lourdeur et encore moins un geste que j’étais un pion, un élément du décor, un salarié de second ordre, une voix inaudible, un corps.

Jamais avec elles je n’ai eu ce ressenti de n’être qu’un homme, moi qui ne suis pas un saint.


Jean-Laurent Terrazzoni, DRH, membre de l’ANDRH