Dévoilement du Mur des Déportés à la Colline du Château à Nice


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30 janvier 2020

"Aujourd’hui, nous posons une nouvelle pierre à l’édifice de la mémoire" Christian Estrosi

Recouvert de trois châles de prière « taliths », le Mur des Déportés a été dévoilé par les enfants des écoles Keren Menahem et Or Thora, accompagnés en musique par le 1er violon de l’Opéra de Nice, Vera Novakova, qui a interprété « Le Chant des déportés » (ou « Chant des marais »). Après l’allumage de six bougies par des enfants de déportés, la lecture de texte par les enfants des écoles et le témoignage vibrant de Roger Wolman au nom des enfants de rescapés, une plaque inaugurale, sur laquelle figure un texte de Serge Klarsfeld, a été dévoilée par les autorités.

Le Mur des Déportés, monument de 3,22m de haut et 5,88m de long, a été réalisé selon le modèle du Mémorial de la Shoah à Paris. Il rend hommage aux Juifs déportés et tués entre 1942 et 1944 vers les camps de concentration depuis la gare de Nice. Sur ce mur figure désormais la liste nominative des déportés, soit 3.603 noms, établie sous l’autorité morale de Serge Klarsfeld et du Mémorial de la Shoah.

Allocution de Serge Klarsfeld

©Ville de Nice

"Après l’armistice de 1940, le département des Alpes Maritimes où se trouvait la zone non occupée dite zone libre a été une terre de refuge pour de nombreux juifs.

A la mi-juillet 1942 de grandes rafles eurent lieu à Paris et dans la province de la zone occupée entrainant l’arrestation par la police de l’Etat Français et la déportation par les autorités allemandes de plus de 15000 juifs en un mois.
Le gouvernement de Pierre Laval sous l’autorité du Maréchal Pétain ayant accepté le transfert des camps de transit de Drancy en zone occupée de 10 000 juifs considérés comme apatrides (allemands, autrichiens, polonais, tchèques, russes, baltes et indéterminés), les camps de juifs de la zone libre furent vidés et 4000 internés furent dirigés sur Drancy par trains spéciaux de wagons de marchandises et dans des conditions abominables.
Il en fut de même pour 6000 juifs raflés le 26 août 1942 dans une gigantesque opération menée par la Police de Vichy dans les quarante départements de la zone libre.
Des familles entières furent arrêtées à l’exception des juifs ayant un conjoint français ou un enfant né en France.

A Nice furent regroupés à la Caserne Auvare les juifs appréhendés dans les Basses Alpes, dans la Principauté de Monaco et dans les Alpes Maritimes.
Les 554 juifs transférés à Drancy à partir de la Gare St Roch (Riquier) le 31 août 1942, furent déportés vers le camp d’extermination d’Auschwitz Birkenau (16 des Hautes Alpes, 45 de Monaco, et le reste en provenance des Alpes Maritimes).
Une certaine tolérance permit à Nice aux juifs qui le souhaitaient, d’abandonner leurs enfants plutôt que de partir avec eux, exception qui fut utilisée par la plupart des parents.
Trois convois de juifs partirent ensuite de Nice : le 6 septembre (64), le 7 octobre (42), le 10 novembre (11) pour le camp de rassemblement de Rivesaltes. Ils furent pour la plupart déportés après leur transfert à Drancy.

Pendant l’occupation du Sud Est de la France entre novembre 1942 et le 8 septembre 1943 et grâce aux autorités militaires italiennes opposées à la politique anti juive des Allemands, de l’Etat Français et même de Mussolini, aucun juif ne fut déporté de la région préfectorale de Nice à l’exception du journaliste Théodor Wolff extradé à cause de son opposition au nazisme à Berlin.

A partir de l’occupation allemande de Nice (9 septembre 1943) à la suite de l’armistice signé entre l’Italie et les Alliés, les juifs français et étrangers furent arrêtés par la police secrète allemande, la Gestapo et par ses supplétifs français ainsi que la Milice.
Les victimes de ces rafles extrêmement brutales furent internées dans l’Hôtel Excelsior, à proximité de la gare centrale de Nice, d’où elles furent transférées à Drancy dans des wagons rattachés à des trains de voyageurs.
Pendant cette période (9 septembre 1943 au 28 août 1944) plus de 3000 juifs furent déportés (dont 31 de Monaco) et certains furent même assassinés sur place.

Ce mémorial porte les noms, prénoms, noms de jeune fille, âge et lieu de naissance de 3603 victimes déportées à partir des deux gares de Nice.

Ce mémorial, hommage de la Ville de Nice aux victimes de la Shoah, contribuera à un travail indispensable de transmission de la mémoire aux jeunes générations et de lutte contre les extrêmes."

©Ville de Nice

Mur des Déportés Juifs depuis les Gares de Nice

En hommage à Simone Veil et Charles Gottlieb
Parc du Château – Ville de Nice

Intervenants : Architecte des Bâtiments de France, Beate et Serge Klarsfeld, Comité Français Yad Vashem.

Partenaires
 : Région PACA, SNCF, Fondation pour la Mémoire de la Shoah et Comité Français Yad Vashem.

Le Mur et les plaques ont été réalisés selon le modèle du Mémorial de la Shoah à Paris :
- 3 603 noms inscrits (Prénom, nom de famille et de jeune fille, lieu de naissance et âge de décès),
- 3,22 mètres de haut et 5,88 mètres de long,
- 21 plaques gravées (95 cm x 80 cm),
- 1 stèle protocolaire gravée en pierre d’Israël comprenant un texte rédigé par Serge Klarsfeld

Planning des travaux :
- 8 octobre 2018 : pose de la 1ère pierre pour les 70 ans de l’indépendance d’Israël – en présence d’Aliza Bin-Noun, Ambassadrice d’Israël en France
- 7 février 2019 : Délibération votée en conseil municipal.
Novembre 2019 : découpe de chaussée, réalisation du mur en béton banché, reprise des canalisations, terrassement de la jardinière.
- 2020 : gravure des plaques, réalisation du parvis en pierre calcaire, réalisation d’un jardin de 125 m² et raccordement électrique
- 30 janvier 2020 : inauguration à l’occasion des 75 ans de la libération des camps de la mort.


Valérie Noriega