Rumeurs : les crises, comme celle du covid-19, sont propices à leur diffusion


Décryptage


9 avril 2020

Complotisme

Pour 26% des Français, le Covid-19 a été créé par l’homme, selon un sondage de l’IFOP effectué pour la Fondation Jean-Jaurès et Conspiracy Watch.
De là à imaginer qu’il s’est échappé accidentellement d’un laboratoire,
ou qu’il a été lâché volontairement par une puissance étrangère qui aurait
déclenché une guerre bactériologique, il n’y a qu’un pas, trop vite franchi.
Les scientifiques sont catégoriques : ce virus n’a pas été fabriqué, il est à la fois "naturel" et malfaisant comme des millions d’autres...

Virus... inhumain

Contrairement aux démonstrations fausses d’un "lanceur d’alerte" d’opérette sur internet, relayées de façon... virale, ce coronavirus ne sort pas de l’Institut Pasteur. D’autres thèses abracadabrantesques circulent, sans aucun fondement scientifique. Mais comme l’homme a tendance à croire (et partager) les infos alarmantes, celles-ci sont prises argent comptant par des personnes de bonne foi qui sont manipulées.

Adjani

En 1987, Isabelle Adjani s’était invitée au journal télévisé
de Bruno Masure pour montrer aux Français que contrairement à une rumeur publique persistante elle n’était pas morte du sida, la grande peur de l’époque.
Les réseaux sociaux et leur effet démultiplicateur n’y étaient pour rien puisqu’il n’existaient pas encore. Depuis cette époque, la comédienne va bien, merci...

Chinoiseries

Rien de nouveau sous le soleil : au VIème siècle, le général chinois Sun Tzu théorisait dans "l’Art de la guerre" l’utilité de la tromperie et de la duperie. Pour lui, il fallait rendre les fausses nouvelles le plus crédible possible en les adaptant à leur "cible". Avant l’heure, c’était déjà un vrai petit traité de
la manipulation qui a prouvé au fil du temps son efficacité. Rien de tel que d’accuser son chien de la rage si l’on veut s’en débarrasser...

Révolution

Plus près de nous dans l’espace et dans le temps, les périodes
révolutionnaires ont été parcourues par des rumeurs, pour la plupart du temps infondées mais bien ancrées dans les esprits. À l’été 1789, après la prise de la Bastille, le "peuple" était persuadé que des brigands et des troupes étrangères allaient déferler sur la France pour sauver la royauté.
Une parano collective qui s’est traduite par des incendies de châteaux et d’abbayes, des exécutions sommaires de "suspects" mais aussi des pillages et des règlements de compte. Peur et colère sont mauvaises conseillères !

Dur comme fer

Plus léger : comme des vérins ont été utilisés pendant la construction de la tour Eiffel, beaucoup pensent que ces installations sont toujours présentes sous les piliers de la Dame de fer pour qu’elle ne soit pas renversée par le vent. Or la tour repose sur des blocs de béton bien enracinés et sans aucun "amortisseur".

Des exemples

Tchernobyl : aucun responsable français n’a jamais expliqué que le nuage se serait arrêté aux frontières. C’est le public qui en a tiré cette conclusion, devenue "vérité historique".
Rumeur d’Orléans : non, de jeunes femmes n’ont pas été enlevées dans des cabines d’essayage de plusieurs magasins de cette ville pour être livrées à la traite des blanches.
Abbeville : cette commune de la Somme, victime d’une grave inondation en 2001, n’a pas été "sacrifiée" pour sauver Paris d’une crue de la Seine.
Bananes : régulièrement, la rumeur indique que des serpents (variante : des araignées) se cacheraient dans les régimes, ce qui est absolument faux.

Vessies et lanternes

Dommage tout de même qu’en cette période angoissante les journaux ne soient plus distribués que trois fois par semaine par La Poste ! Ils sont fabriqués selon des règles éthiques, leurs information sont vérifiées... même si des erreurs peuvent parfois s’y glisser. Rien de tel pour les réseaux sociaux, sur lesquels chacun peut s’exprimer sans aucune qualification, y compris pour "révéler" des scandales supposés.


Jean-Michel Chevalier